Brève Au Coeur du Lait
Octobre 2013

 

Quel est l’état des connaissances sur les mammites des primipares?

L’objectif de cette revue de la littérature est de faire le point sur les connaissances actuelles concernant les mammites des primipares. Ci-après les grandes lignes de cette revue.

Nature des mammites et agents causaux

  • Faute d’études menées sur les dynamiques cellulaires notamment en début de lactation, il n’existe aujourd’hui pas de consensus sur le seuil idéal en termes de CCS pour parler de mammite sub-clinique.
  • La littérature donne des prévalences d’infections intra-mammaires avant vêlage élevées, voire très élevées chez les génisses: entre 29 et 75% de quartiers infectés. Les prévalences observées juste après vêlage oscillent entre 12 et 57%.
  • Sur le plan étiologique, toutes les études sur mammites sub-cliniques des primipares indiquent que les SCN sont responsables d’une très forte proportion de ces infections; les pathogènes majeurs étant peu impliqués. Certaines études indiquent que S. aureus est le pathogène majeur le plus prévalent alors que pour d’autres, ce sont des germes d’environnement
  • Plus de 30% des mammites cliniques des primipares surviennent dans les 2 premiers mois de lactation et sont classiquement causées par des pathogènes majeurs. Les germes en cause sont principalement S. aureus, Streptococcus uberis et dysgalactiae et Escherichia coli. Les mycoplasmes semblent des germes émergents.
  • Streptococcus uberis est le pathogène majeur le plus prévalent lors d’infections intra-mammaires du peripartum des génisses conduites au pâturage
  • Les mammites estivales parfois nommées aussi mammites des génisses, surviennent aussi sur les vaches au tarissement et sont le fait de la combinaison d’agents aérobies et anaérobies (Arcanobacterium pyogenes, Peptococcus indolicus, Strep. dysgalactiae) vectorisés par la mouche Hydrotea irritans.

Conséquences des infections intra mammaires des primipares

  • Selon l’étiologie des mammites sub-cliniques en début de lactation, l’impact sur les CCS sur le reste de la lactation est variable. Les primipares atteintes de mammites sub-cliniques en début de lactation à S. aureus ou germes environnementaux sont plus sujettes à développer de nouvelles mammites sub-cliniques durant le reste de leur première lactation. Lorsque les agents responsables de ces infections intra-mammaires subcliniques en début de lactation sont des SCN, il n’y a pas ensuite d’élévation des CCS ou cette élévation reste modérée.
  • La présence de mammite sub-clinique avant le vêlage ou en début de lactation peut compromettre la lactation. Néanmoins les résultats des études divergent (méthodologie et germes différents). Ainsi, la présence de SCN en début de lactation pourrait diminuer le risque de mammite à pathogène majeur durant la lactation.
  • Concernant les mammites cliniques, leur survenue au vêlage est associée à des fortes CCS qui ne persistent généralement pas au-delà d’un mois, signe de bonne guérison.
  • En termes de production laitière, la survenue d’une mammite en début de lactation entraine une perte de 1 à 5% de la production laitière sur la lactation, notamment lors de mammites à Streptococcus uberis.
  • Une mammite clinique en début de lactation augmente fortement le risque de réforme prématurée, augmentant ainsi la perte économique bien que celle-ci n’ait jamais été quantifiée.

Stratégies de contrôle zootechniques

  • L’importance d’une bonne hygiène du logement des génisses est soulignée, et il est recommandé qu’il soit séparé de celui des multipares, en évitant la sciure en litière.
  • Idéalement, il faudrait traire la primipare deux jours dans son local de vêlage avec du matériel spécifique.
  • Le contrôle des mouches est indispensable.
  • Bien qu’aucune preuve ne soit encore clairement établie sur un risque plus élevé de mammites ultérieures, la distribution de lait à cellules ou à mammite doit être prohibé.
  • La désinfection des trayons avant vêlage est recommandée.
  • Sur le plan nutritionnel, il convient de prévenir les situations de déficit énergétique à l’origine de dysfonctionnements immunitaires (par l’acétonémie notamment. Une complémentation en sélénium et vitamine E est à conduire, uniquement lors de carences objectivées. L’intérêt d’une supplémentation en cuivre (rôle antioxydant), zinc (protection des épithéliums) et vitamine A et β carotène est parfois rapporté.

Vaccination

  • Il existe peu de données publiées et un seul vaccin est disponible actuellement en Europe, pour lequel un essai donnerait un taux de guérison meilleur et une prévention des mammites subcliniques à SCN.

Facteurs individuels

  • Les primipares plus âgées au premier vêlage ont des CCS plus élevées, peut-être du fait de leur statut métabolique (plus lourdes, et pouvant avoir alors plus de difficulté au vêlage) ou simplement en raison d’une possible durée d’infection plus longue.
  • La présence de troubles de la reproduction (rétention placentaire, métrite, dystocie) augmente le risque de mammite clinique.
  • La conformation des trayons et notamment la perte précoce du bouchon de kératine est un facteur de risque. Dans certains cas, plus de 60% des trayons ont été trouvés «ouverts» à 60 jours du part. Cela explique la recommandation parfois faite d’administrer des obturateurs en prépartum.
  • Les oedèmes mammaires et les traumatismes sont à éviter.
  • Les vaches Holstein sont plus à risque que les vaches d’autres races. Des travaux visant à identifier des lignées résistantes sont en cours dans plusieurs pays.

Antibiothérapie

  • En général, les études rapportent une guérison bactériologique des quartiers lors de traitement antibactérien prépartum mais cela ne se traduit pas toujours par des CCS plus faibles et une meilleure production laitière durant la lactation.
  • Même si le recours aux antibactériens en prépartum peut être un recours lors de situations dramatiques à germes majeurs, le traitement systématique en prépartum ne doit jamais être préconisé. De plus, des précautions quant aux temps d’attente sont à prendre (utilisation hors AMM). Le recours à des antibiotiques injectables peut être préféré. Les études rapportant l’efficacité de traitements antibactériens en prépartum (intramammaires ou injectables) sont toujours obtenus dans des situations très particulières (incidence et prévalence très forte de germes majeurs, hygiène défaillante et difficilement maitrisable...).

Prévention des mammites des primipares

Selon les auteurs, un programme de prévention des mammites des primipares efficient devrait être mis en place si plus de 15% des primipares ont une mammite clinique autour du vêlage ou si plus de 15% des primipares ont un premier contrôle à plus de 150 000 cell/mL.

Ce programme se doit alors de respecter 10 points:

  • Améliorer de façon globale la santé de la mamelle (réduire la pression infectieuse)
  • Contrôle des génisses têteuses
  • Prévention des mouches
  • Logement propre des génisses gravides et séparé des multipares
  • Nutrition adaptée (corriger notamment carences vitamines (A, E) et sélénium, zinc, cuivre
  • Minimiser le déficit énergétique
  • Réduire l’incidence des oedèmes mammaires
  • Minimiser le stress autour du vêlage
  • Utilisation d’obturateurs de trayons en prepartum lors de risque environnemental élevé
  • Utilisation de traitements antibiotiques prepartum seulement sous certaines conditions (si nécessaire)
  • Sous supervision d’un vétérinaire
  • Après identification du germe et profil de susceptibilité pour les antibiotiques
  • De façon temporaire avec amélioration concomitante des pratiques d’élevage
 

Référence :
De Vliegher S., Fox L.K., Piepers S., McDougall S., Barkema H.W.
Invited review:Mastitis in dairy heifers: Nature of the disease, potential impact, prevention and control - Journal of Dairy Science, 2012, (95):1025-1040