Brève Au Coeur du Lait
Octobre 2013

 

Quelle est la dynamique de transmission des infections intra-mammaires dues à des staphylocoques coagulase négative?

L’objectif de cette étude menée aux USA était d’étudier la dynamique de transmission des infections intra-mammaires dues à des staphylocoques coagulase négative (SCN). Pour ce faire, les auteurs de cette étude ont étudié la situation dans 2 fermes situées aux USA durant une durée de 13 mois. Les troupeaux pratiquaient un traitement antibactérien systématique au tarissement ainsi qu’un pré et post-trempage systématiques. Les vaches traites étaient séparées des autres vaches et les enregistrements étaient réalisés par les éleveurs de façon rigoureuse.

2 groupes de 100 vaches environ ont été suivies dans chaque ferme. Les vaches ont fait l’objet de prélèvement de lait dans chaque quartier chaque mois à partir de leur entrée dans le bâtiment et ce durant les 13 mois de l’étude. Les vaches étaient également prélevées dans les 3 jours suivant leur vêlage.

Afin d’étudier la dynamique de transmission, les auteurs ont différencié deux situations distinctes pour considérer un quartier (une vache) comme «positif (positive)»: soit il (elle) était atteint(e) d’une infection intra-mammaire à SCN, soit il (elle) y était exposé(e) à une colonisation transitoire. Quatre types de résultats amenaient les auteurs à conclure à la présence d’une infection intra-mammaire à SCN; (1) obtention d’un comptage ≥ 1000 UFC SCN/mL, (2) 2 prélèvements consécutifs sur 3 ≥ 500 UFC SCN/mL, (3) 3 prélèvements consécutifs ≥ 100 UFC SCN/mL, (4) un comptage ≥ 100 UFC SCN/mL issu d’un cas clinique. De ce fait, les quartiers positifs en dehors de ces critères faisaient considérer le quartier (et la vache) atteint(e) par une colonisation transitoire Dès lors, les auteurs ont procédé au calcul du taux de transmission des infections (mammites strictes ou mammites strictes plus infection transitoire) d’un mois sur l’autre, et ce entre vaches ou entre quartiers intra-vache.

Ils ont également calculé le risque de seconde infection à SCN dans les quartiers déjà atteints une première fois.

Enfin, ils ont calculé un paramètre mathématique dénommé Ro (taux de reproduction). Schématiquement, ce taux permet de définir, lorsqu’il est supérieur à 1 que l’infection va diffuser au sein de la population, tandis qu’une valeur Ro inférieure à 1 indique qu’à terme l’infection s’éteindra.

Au final, il ressort pour la ferme 1

  • Une production moyenne mensuelle de 32kg/vache et une CCS de 404 000 cell/mL pour 320 vaches, avec près de 11600 prélèvements de quartiers
  • 23.5% de prélèvements positifs en SCN avec 11,4% de mammites et 12,2% de transitoires
  • 132 nouveaux cas d’infections intra-mammaires à SCN sur 125 vaches sur les 13 mois de suivi (sans mois de lactation préférentiel) dont 4 cas cliniques
  • Un taux de transmission de 0,66% (2,56% en rajoutant les transitoires), un Ro de 0.59 (1.13 avec les transitoires)

Au final, il ressort pour la ferme 2

  • Une production moyenne mensuelle de 41,9kg/vache et une CCS de 292 000 cell/mL pour 350 vaches, avec près de 10300 prélèvements de quartiers
  • 18.7% de prélèvements positifs en SCN avec 9,9% de mammites et 8,9% de transitoires
  • 159 nouveaux cas d’infections intra-mammaires à SCN sur 155 vaches (sans mois de lactation préférentiel) dont aucun cas clinique
  • Un taux de transmission de 1,11% (2,53% en rajoutant les transitoires), un Ro de 0.84 (1.17 avec les transitoires)

Dans la ferme 1, le mode de transmission des infections intra-mammaires à SCN a été attribué comme résultant d’un modèle contagieux, alors qu’il n’a pas été possible de le déterminer dans la ferme 2 (non distingo entre modèle contagieux ou environnemental, et donc probablement modèle mixte). Ces profils différents entre fermes peuvent s’expliquer par des différences d’espèces de SCN (non investiguées ici) ou des différences de pratique d’élevage. Les mammites à SCN s’installant le plus souvent de façon endémique, l’étude de la seule dynamique en lactation ne suffit pas à expliquer la transmission de ces infections intra-mammaires. L’analyse de l’installation d’infections à SCN durant le tarissement doit la compléter (hypothèse vérifiée par modélisation par les auteurs dans la publication).

 

Au final, il ressort de cette étude que les infections intra-mammaires dues à des SCN survenant en lactation ne sont pas suffisantes à elles-seules pour expliquer l’installation d’une situation endémique dans les troupeaux. Ainsi, la combinaison de mesures préventives non seulement début de lactation mais aussi au tarissement est nécessaire si on souhaite enrayer la dynamique de transmission des mammites à SCN au sein d’un élevage.

 

Référence :
Reksen O., Gröhn Y.T., Barlow J.W., Scukken Y.
Transmission dynamics of intramammary infections with coagulase-negative staphylococci - Journal of Dairy Science, 2012, (95):4889-4910