Brève Au Coeur du Lait
Septembre 2013

 

Quel est l’impact d’épisodes récurrents de mammites cliniques sur la mortalité et la réforme des vaches Holstein°?

L’objectif de cette étude menée aux Etats-Unis était d’investiguer l’influence potentielle (i) de la survenue de mammites cliniques (récurrentes notamment) et ((ii) des agents pathogènes en cause, sur le risque de mortalité et/ou de réforme des vaches laitières Holstein.

Pour ce faire, les auteurs de cette étude ont utilisé les données issues de 7 troupeaux dans l’état de New York sur une période de 5 ans (moyenne production 305 jours : 11320 kg ; CCS au niveau du tank: 220 000 cell/mL). Au final, ce sont plus de 30 000 lactations ont pu être étudiées (entre 2000 et plus de 7000 par ferme).

Les auteurs ont étudié la probabilité pour une vache d’être réformée, morte ou toujours présente dans le troupeau 10 mois après vêlage, ce laps de temps étant choisi pour éviter les confusions entre décisions de réforme, non liées à la reproduction et celles dépendantes du statut des animaux par rapport à la gestation (gestante/non gestante).

Les mammites cliniques étaient principalement identifiées par les éleveurs à la traite mais des cas ont pu être répertoriés suite à l’analyse des données de l’ordinateur (conductivité électrique du lait > 115% à la valeur moyenne des 10 jours précédents, combinée à une baisse brutale de production laitière journalière - valeur < 70% de la production laitière quotidienne des 10 jours précédents). Chaque cas faisait l’objet d’une analyse bactériologique. Les résultats sont été classifiés par bactéries Gram positive (Staphylococcus aureus et spp, Streptococcus spp), bactéries Gram négative (E. Coli, Klebsiella, Citrobacter, Enterobacter, Pseudomonas) et autres (Trueperella (Arcanobacterium) pyogenes, mycoplasmes, Corynebacterium bovis, levures et divers).

La probabilité qu’une vache soit réformée du fait de la survenue de mammites cliniques a été évaluée en prenant en compte l’ensemble des autres facteurs connus pour influencer mortalité et/ou réforme (parité, stade de lactation, saison, mois de lactation coût du remplacement, autres maladies...).

Au final, il ressort°:

  • Une moindre fréquence de mammites, mortalité et réforme chez les primipares par rapport aux multipares (environ 30% des multipares et 16,6% des primipares ont eu au moins une mammite clinique durant leur lactation) - cf tableau

  • ItemPremiéres lactations (n=10655)Seconde lactation et plus (n=19578)
    Nombre (%)Stade de
    lactation médian
    (jours)
    Nombre (%)Stade de
    lactation médian
    Premier cas de
    mammite
    clinique
    1771 (16,6)1295851 (29,8%)101
    Deuxième cas
    de mammite
    clinique
    395 (3,71)2042093 (10,7)155
    Troisième cas
    de mammite
    clinique
    121 (1,14)252854 (4,36)193
    Mortalité424 (3,98)691698 (8,67)66
    Réforme1155 (10,84)2414899 (25,02)199
  • Une implication des bactéries Gram négative dans 49% des cas de mammites cliniques, des bactéries Gram positive dans 45% des cas et des autres agents pathogènes dans 6% des cas.

L’analyse des données concernant les primipares a montré que la survenue de mammite clinique augmentait très significativement le risque de mortalité. Par rapport à des primipares ne déclarant pas de mammites cliniques, le risque de mortalité d’une primipare dans le mois de survenue d’une mammite clinique était multiplié respectivement par un facteur 3,9, 8,2 et 17,1 lorsqu’il s’agissait d’un premier cas, deuxième ou troisième cas de mammite récurrent dans le mois. La survenue de mammite clinique augmentait également le risque de réforme, notamment après un deuxième ou troisième cas. Une primipare avec un premier cas de mammite avait un risque de réforme dans le mois 6,6 fois plus élevé qu’une primipare sans mammite.

Chez les multipares, une vache faisant une mammite clinique à bactérie Gram négative avait un risque 2,3 fois plus élevé de mourir dans le mois par rapport aux multipares ne déclarant pas de mammite clinique. Le risque de réforme était augmenté lors de survenue de mammite, quels que soient les germes en cause même si les plus forts taux de réforme étaient observés pour les vaches atteintes de mammites dues à des bactéries Gram négative.

 

Au final, les résultats de cette étude confirment que la survenue de cas de mammites cliniques augmente le risque à la fois de réforme et de mortalité et ce d’autant plus qu’ils sont récurrents. Néanmoins, cette étude rapporte aussi que ces éléments sont à nuancer et à interpréter à la lumière des agents pathogènes mis en évidence. Ainsi, les profils de mammites cliniques à bactéries Gram négative sont plus à risque de provoquer réforme et mortalité. L’information épidémiologique à l’échelle de l’élevage peut aider les intervenants à identifier les situations les plus à risque en termes de réforme et de mortalité.

 

Référence :
Hertl J.A., Schukken Y.H., Bar D., Bennett G.J., Gonzalez R.N., Rauch B.J., Welcome F.L., Tauer L.W., Gröhn Y.T.
The effect of recurrent episodes of clinical mastitis caused by the gram positive and gram negative bacteria and other organisms on mortality and culling in Hosltein dairy cows - Journal of Dairy Science, 2011, (94)°:4863-4877