Brève Au Cour du Lait Janvier 2007

Facteurs de risque associés à l’infection par Cryptosporidium en élevage laitier sur une ligne de partage de l’eau

L’identification de C. parvum dans les épidémies humaines, son implication dans les diarrhées du veau et la présence fréquente de bovins près de lignes de partage des eaux (alimentant les circuits de distribution) semblent indiquer clairement que les bovins jouent un rôle dans la contamination humaine. La quantification de l’éventuel risque zoonotique nécessite la détermination de la prévalence de l’infection dans ces zones sensibles.

 

Les objectifs de cette étude étaient de

  • déterminer la prévalence de l’infection par C. parvum dans une zone précise (près d’une ligne majeure de partage des eaux)
  • explorer les différents facteurs de risque potentiels de cette infection
  • investiguer le rôle zoonotique potentiel des bovins en différenciant les cryptosporidies zoonotiques (C. parvum) des non zoonotiques (C. bovis) isolées dans la population d’étude. En effet, Cryptosporidium bovis isolé chez les bovins, mais jamais chez l’homme n’est pas jusqu’à maintenant considéré comme zoonotique. Toutefois, les méthodes de détection classiques des cryptosporidies ne permettent pas de distinguer C. parvum de C. bovis.

19 élevages laitiers situés à proximité d’une zone de partage des eaux dans l’Etat de New-York ont participé à cette étude. La plupart des veaux âgés de moins de 6 mois ont fait l’objet d’un prélèvement de fèces, dans la limite de 15 veaux par troupeau. Cinq génisses âgées de plus de 6 mois ont fait l’objet d’un prélèvement de fèces, de même que 5 vaches en lactation et 5 vaches taries. Le jour du prélèvement, l’investigateur réalisa également une interview à l’aide d’un questionnaire pour identifier d’éventuels facteurs de risque dans différents domaines: management de l’élevage, élevage des veaux, des génisses, alimentation, sevrage, hygiène. Dans un premier temps les facteurs de risque significatifs ont été recherchés un à un par analyse bivariée. Dans un deuxième temps, l’ensemble des facteurs jugés significatifs ont été intégrés dans un modèle de régression logistique pour obtenir des odds ratio.

Chaque prélèvement de fèces a été testé par la méthode de flottaison classique. Un échantillon a été considéré comme positif si un oocyste typique était visualisé au microscope. Un test ELISA a été pratiqué sur tous les échantillons issus de veaux âgés de moins de 45 jours. Les échantillons positifs à la méthode de flottaison et/ou en ELISA ont été analysés à l’aide d’une technique de Nested-PCR pour différencier C. parvum et C. bovis. Pour juger de la sensibilité de la méthode de flottaison, 100 échantillons négatifs à l’aide de cette méthode ont été testés en PCR. Au total, 453 échantillons ont été collectés dans les 19 troupeaux, dont 184 de veaux de moins de 6 mois, 104 génisses et 165 vaches.

Parmi les 453 échantillons, 16 ont été positifs en flottaison soit une prévalence individuelle de 3.53%.

Parmi les 19 troupeaux, 8 contenaient au moins un bovin positif soit une prévalence troupeau de 42%, valeur élevée.

La prévalence intra-troupeau a varié de 3.1% à 21.4%.

L’âge moyen des bovins détectés excréteurs était de 16 jours (à noter que cette valeur est très dépendante du type d’échantillonnage).

La prévalence individuelle parmi les bovins âgés de moins de 60 jours était de 20%, valeur bien supérieure à celles rapportées dans les autres études américaines.

Les facteurs de risque significatifs sont synthétisés dans le tableau 1.

Tableau 1. Facteurs de risques significatifs en analyse bivariée, regroupés par catégorie.

Catégorie

Variable

P value

Management général

Age du bovin

0.014

Source d’eau

0.133

Logement

0.003

Pâturage estival des vaches laitières

0.185

Procédures péri-partum

Non significatif

Management pré-sevrage

Nombre de veaux non sevrés

0.013

Logement du veau

0.084

Contact avec des veaux plus âgés

0.081

Fréquence de curage

0.008

Abreuvement estival des veaux

0.082

Management post-sevrage

Contact des veaux avec des vaches adultes

0.018

L’analyse multivariée a permis de mettre en exergue les points suivants:

La probabilité d’excréter des oocystes augmente lorsque l’eau est jugée de qualité insuffisante (par rapport à une eau de bonne qualité). De même elle augmente pour des veaux à l’attache (par rapport à des veaux en cases collectives ou individuelles) probablement soumis à une pression infectieuse plus forte dans leur environnement proche. La probabilité d’excréter diminue avec l’âge et augmente avec le nombre de veaux non-sevrés présents en bâtiment.

Tous ces facteurs vont de pair avec un risque de contamination oro-fécale plus important. Toute mesure de maîtrise visant à diminuer le nombre de cryptosporidies et donc la pression infectieuse au sein des bâtiments serait de nature à réduire le risque de contamination entre bovins et des bovins à l’homme.

Parmi les échantillons séquencés en Nested PCR (12 parmi les 16 positifs), 50% se sont révélés être des souches de C. parvum et 50% des souches de C. bovis. L’intérêt de typer les souches parvum-like semble donc évident, C. bovis n’étant pas zoonotique contrairement à C. parvum.

Le degré de concordance entre la flottaison et la PCR a été jugé bon (coefficient kappa de 0.71). La flottaison et l’identification au microscope sont donc intéressantes à utiliser sur le terrain.

La prévalence de l’infection est sans doute souvent sous-estimée, du fait du manque de sensibilité des méthodes de dépistage.

Au final, l’accumulation de facteurs de risque (hygiène de l’alimentation, nombre de veaux non-sevrés dans le bâtiment) est à prévenir autant que possible afin de réduire la prévalence. Ces résultats ont besoin d’être confirmés sur de plus grands échantillons.

 

Référence :
STARKEY, KIMBER, WADE, SCHAAF, WHITE, MOHAMMED.
Risk factors associated with Cryptosporidium infection on Dairy farms in a New York state watershed. J. Dairy Sci. 89;429-4236.