Brève Au Coeur du Lait
Novembre 2013

 

Les chlamydiacae chez les bovins: bactéries commensales, initiatrices ou pathogènes?

L’objectif de cette revue réalisée par des chercheurs allemands est de faire le point des connaissances actuelles sur les chlamydies (Chlamydophila) chez les bovins et plus particulièrement sur leur impact clinique réel ou potentiel. Ce résumé se propose de recenser les principaux points saillants de cette revue:

Quels sont les espèces circulant chez les bovins et leur impact clinique?

EspèceHôte principalAutres hôtesImpact clinique chez les bovinsDegré de preuve
Chlamydophila pecorumBovins, Ovins, CaprinsPorcsPolyarthrite, entérite, kératoconjonctyibite, infections urogénitales, encephalomyélite, pneumonie chronique, retard de croissance+ à +++
Chlamyophila abortusOvins et caprinsBovins, porcs, chevaux, oiseauxTroubles de la reproduction (avortements +++), mammites cliniques et subcliniques, retards de croissance et troubles respiratoires+++ pour les troubles de la reproduction + sinon
Chlamydophila psittaciOiseaux, volaillesBovins, porcs, chevaux, chiensTroubles de la reproduction et inflammation des voies respiratoires+/-
Chlamydophila suisPorcsBovins, ovins, caprins, chevauxAucun rapporté-

Quelles méthodes diagnostiques?

Les outils sérologiques démontrent uniquement une circulation et manquent soit de sensibilité (pour la fixation du complément) soit surtout de spécificité pour les tests ELISA sur le marché (kit Chlam spp non spécifique notamment de Chlamydophila abortus) en plus d’un portage intestinal asymptomatique fréquent de C. pecorum. Parmi les outils de détection directs, la PCR sur matrice d’intérêt (placenta par exemple) est à privilégier. La décroissance de l’excrétion post-clinique est par contre rapide. Le prélèvement doit ainsi être réalisé le plus rapidement possible et l’échantillon envoyé sous couvert du froid.

Prévalence de l’infection et voies de transmission?

Selon, les méthodes, échantillons d études et pays, les prévalences rapportées varient de 45 à 100% en séroprévalence, sans différence entre troupeaux sains et atteints. L’excrétion est intermittente et selon les études, les espèces de Chlamydophila isolées en majorité ne sont pas les mêmes. Il semble néanmoins que C. pecorum soit l’espèce la plus souvent retrouvée dans les fèces tandis que C. abortus se retrouve préférentiellement dans les produits de la parturition (qui sont aussi les plus souvent analysés). Les fèces constituent une voie d’excrétion majeure, l’infection se faisant par voie respiratoire ou oro-fécale voire par contact direct. En ce sens, les jetages nasal, oculaire ou vaginal peuvent être sources de contamination.

Quelles stratégies de maîtrise?

Concernant les pratiques d’élevage, compte-tenu des voies de transmission, une détection rapide des malades et leur isolement, une densité modérée, ainsi qu’une hygiène optimale tant des animaux que de l’environnement sont à recommander. Concernant les traitements antibactériens, aucune étude aujourd’hui ne supporte l’utilisation d’antibiotiques (tétracyclines, macrolides, quinolones) pour prévenir ou traiter les infections notamment utérines. Concernant la vaccination, des études rapportent l’intérêt de celle-ci, à l’aide de vaccins vivants atténués, y compris en milieu infecté pour réduire l’impact clinique et l’excrétion. Les pistes de recherche concernent la mise au point de vaccins sous-unitaires ouvrant la voie à une distinction des animaux infectés et vaccinés, la mesure du réel impact zoonotique de cette infection, ainsi que de l’élucidation du rôle pathogène de ces bactéries chez les bovins (rôle initiateur ou pathogène direct).

 

Au final, il ressort de cette revue de la littérature que des éléments récents confirment l’impact clinique des infections par Chlamydophila chez les bovins, notamment C. abortus et C. psittaci mais aussi C. pecorum. Ces manifestations se traduisent par des troubles de la sphère ORL chez le veau et par des troubles de la reproduction et des mammites sub-cliniques chez les femelles laitières. Par contre, des études complémentaires sont nécessaires afin de comprendre les mécanismes pathogéniques, d’identifier les méthodes de contrôle les plus efficaces et d’appréhender le potentiel zoonotique réel de ces infections détectées chez les bovins.

 

Référence :
Résumé Article "Chlamydiacae in cattle: Commensals, trigger organisms or pathogens"
Reinhold P., Sachse K., Kaltenboeck B. The Veterinary Journal, 2011, (189):257-267.