Brève Au Cour du Lait Octobre 2006

Neospora caninum en Europe : des prévalences variables.

La séroprévalence de Neospora caninum a été évaluée dans 4 pays d'Europe : l'Allemagne, les Pays-Bas, l'Espagne et la Suède. Cette étude à grande échelle réalisée de manière standardisée a permis d'obtenir des données comparables au sein des cheptels laitiers et allaitants de ces différents pays.

 

Une importance épidémiologique et économique croissante

Neospora caninum est une des causes d'avortement les plus fréquemment diagnostiquées chez la vache laitière à travers le monde. La néosporose est même devenue, depuis sa découverte en 1989, la principale origine infectieuse des interruptions de gestation dans de nombreux pays d'Europe. Des études ont déjà été conduites dans plusieurs pays européens. Cependant, les méthodes employées n'étaient pas standardisées, que ce soit au niveau des modalités pratiques mises en ouvre (sélection des animaux, élevages.) ou des techniques diagnostiques utilisées. Aucun recoupement n'était donc envisageable, rendant impossible la détermination de l'importance et de l'impact économique de la maladie à l'échelle européenne. L'objectif de cette étude vise à pallier à cette lacune en comparant les prévalences de N. caninum à la fois au niveau de l'élevage et au niveau individuel, dans quatre pays européens, à l'aide de méthodes standardisées.

Un échantillonnage à deux niveaux

L'unité initiale est l'élevage et au sein de celui-ci, l'animal représente l'unité élémentaire. L'ensemble des animaux de plus de deux ans présents dans l'élevage est inclus dans l'étude. La taille requise des échantillons, variable selon les pays, a été calculée afin d'obtenir une estimation de la prévalence avec un intervalle de confiance de 95 % et une marge d'erreur de moins de 10 %. La région d'élevage, la race, le type d'exploitation, l'âge, le sexe et le stade de lactation (lactation ou tarissement) ont été enregistrés. La méthode de référence est une ELISA standard sur échantillon de sang, sauf en Allemagne (lait). Un élevage est considéré positif dès lors qu'un animal séropositif y est identifié. Le calcul initial de la prévalence apparente permet dans un second temps de calculer la prévalence vraie en tenant compte des valeurs de sensibilité et spécificité des techniques employées.

Des prévalences très variables en partie expliquées

Que ce soit au niveau des élevages ou au niveau individuel, la prévalence la plus faible est observée en Suède (respectivement 30 % et 0,5 %). Les Pays-Bas au niveau des élevages (80%), et l'Espagne au niveau individuel (16,2 %), sont au contraire les pays les plus infestés. Les différences observées entre ces pays, permettent de formuler des hypothèses sur les facteurs de risque impliqués :
- En Espagne, les troupeaux laitiers sont significativement plus infestés que les allaitants. Au contraire, en Allemagne et aux Pays-Bas, les troupeaux allaitants sont les plus infestés (avec un odd ratio respectif de 1,6 et 1,3).
- Le risque d'infestation augmente avec l'âge en Espagne alors que l'opposé est observé en Suède. Ceci signe la différence de mode de transmission entre les deux pays : le risque de transmission horizontale étant très élevé en Espagne. En outre, le taux de réforme est plus faible en Espagne.
- Des races prédisposées (Swedish Red et White Breed en Suède) ou au contraire moins contaminées (races locales en Espagne) ont été identifiées. L'explication tiendrait surtout au mode d'élevage plus intensif dans les catégories les plus touchées,
- Les facteurs climatiques pourraient jouer un rôle dans la sporulation et la durée de survie des ookystes dans le milieu extérieur.

En conclusion, il existe des différences considérables entre les pays européens mais également au sein de ces mêmes pays. Ces résultats pourront être utilisés afin de déterminer l'impact économique et d'affiner la recherche des facteurs de risque de néosporose. Dans le futur, ils permettront d'évaluer à grande échelle l'effet des mesures de prévention et de contrôle qui auront été mises en place.

 

Référence :
BARTELS C.J.M. et coll. :
Supranational comparison of Neospora caninum seroprevalences in cattle in Germany, The Netherlands, Spain and Sweden. Vet Parasitol. 2006. 137, 17-27.