Brève Au Cour du Lait Janvier 2007

Comptages cellulaires et production laitière: impact de l’effet de dilution

Il a été établi que les pertes de production laitière (PL) liées à une augmentation du comptage cellulaire individuel (CCI) lors d’infection intra-mammaire sont de l’ordre de 0,3 à 1,8 L/VL/j. Ces estimations ne prennent pas en compte un éventuel facteur de dilution des cellules dans le lait pour les fortes productions. En effet, il a été démontré par ailleurs que pour des quartiers sains, les CCI diminuent quand la PL augmente. Ceci conduit probablement à une surestimation des pertes de production attribuables à l’augmentation des CCI.

 

Green et Schukken ont donc cherché à estimer l’impact des variations des CCI (ajustées) sur la PL, après avoir cherché à mettre en évidence un éventuel effet de dilution. L’étude a porté sur 8373 mesures (PL et CCI) effectuées au moment du Contrôle Laitier sur 810 vaches de 5 élevages britanniques. Quatre classes ont été définies pour la PL (10-20, 21-30, 31-40 et > 41 L/j), six pour les CCI (<31, 31-50, 51-100, 101-200, 201-400 et > 401.103 cell./mL).

Le taux de dilution a été déterminé en divisant la moyenne des CCI de chaque groupe par la moyenne des CCI du groupe produisant 10-20 L/j pour la classe de CCI considérée.

Effet de dilution

La première analyse vise à déterminer s’il existe une relation linéaire ou logarithmique entre PL et CCI. Celle-ci a été recherchée pour 5 groupes de mesures: <31, <51, <101, <201 et <401. 103 cell./mL. En effet, il a été démontré qu’une relation linéaire et négative entre PL et CCI signe un effet de dilution (Schepers, 1997) tandis qu’une relation logarithmique en base 10 signe une inflammation (Deluyker, 1993).

Jusqu’à 100 000 cell./mL et en l’absence d’infection mammaire, les variations de PL semblent essentiellement expliquées par un phénomène de dilution (relation linéaire négative prédominante) alors que pour des CCI > 100 000 cell./mL, les phénomènes de dilution et d’inflammation semblent cohabiter. Lorsque les CCI augmentent, la part du phénomène d’inflammation semble s’accroître et, pour des CCI comprises entre 200 et 400 000 cell./mL, le phénomène de dilution a pu être estimé à seulement 15% des pertes de PL.

Impact de cet effet de dilution

Dans la seconde analyse, 3 modélisations (incluant un ajustement des CCI prenant en compte l’effet dilution) ont été testées. Les valeurs des CCI ajustées sont toujours légèrement supérieures aux valeurs des CCI mesurées. Les 3 modèles testés ont un profil similaire au modèle de référence, ne prenant pas en compte l’effet de dilution. Le modèle le plus puissant donne des pertes de PL lorsque les CCI augmentent, inférieures de 0,5 à 1 L/j par rapport au modèle ne prenant pas en compte l’effet de dilution. Cet écart est majeur pour les CCI basses; il devient moins important pour les CCI > 100 000 cell./mL. En outre, il apparaît que pour des CCI très basses (< 50 000 cell./mL), lorsque la PL augmente, les CCI diminuent.

Les auteurs attirent l’attention du lecteur sur le fait que puisque le risque de mammite est accru pour les quartiers des vaches laitières hautes productrices dont les CCI sont < 40 000 cell./mL (Green, 2004), il n’est pas intéressant de chercher à diminuer les CCI de manière trop importante. En pratique, on retiendra qu’aucune perte de PL n’est à déplorer pour des CCI < 100 000 cell./mL.

Représentation circulaire des interactions entre les CCI et la PL:

schema

En bref, Green et Schukken ont démontré qu’en l’absence d’infection mammaire, une augmentation de PL est à l’origine d’un phénomène de dilution des cellules dans le lait. En conséquence, les CCI des fortes productrices sont sous-estimées par rapport à celles des faibles productrices. Ignorer le phénomène de dilution conduit ainsi à surestimer la baisse de PL associée à une augmentation des CCI, en particulier pour des CCI basses. Des études prenant pour unité expérimentale le quartier et non la vache permettraient d’obtenir des informations plus précises, de même que des enregistrements plus fréquents.

 

Référence :
GREEN et SCHUKKEN.
On distinguishing cause and consequence: Do high somatic cell counts lead to lower milk yield or does high milk yield lead to lower somatic cell counts? Preventive Veterinary Medicine. 2006 (76), 74-89.