Brève Au Coeur du Lait
Septembre 2012

 

Quelle est la susceptibilité de différentes souches de Staphyloccus aureus aux antibiotiques lorsque la capacité à faire des biofilms est prise en compte ?

Une des raisons souvent invoquées pour expliquer les faibles taux de guérison des infections intra-mammaires à S. aureus est la capacité de ce pathogène à s´entourer d´un biofilm. Les tests de susceptibilité aux antibiotiques classiques ne prennent pas en compte cette capacité menant à des résultats que l´on pourrait considérer comme faussement positifs dès lors. Un test de susceptibilité étendu aux biofilm (EBS) peut permettre de prendre en compte in vitro ces facteurs. L´objectif de cette étude menée aux Pays-Bas était ainsi d´investiguer la relation in vitro entre plusieurs facteurs supposés d´intérêt et le résultat obtenu avec ce test étendu au biofilm (EBS).

Pour ce faire, des isolats de S.aureus provenant d´études antérieures ont été utilisés. Il s´agissait d´une part de souches terrain (souches F), isolées de 58 vaches provenant de 54 fermes hollandaises, et d´autre part de 20 souches pénicilline-résistantes (souches P) obtenues auprès du Central Veterinary Institute de Lelystad. Dans le cas des souches F, une seule souche par vache et une seule souche par ferme était conservée pour l´analyse.

Le profil génétique des souches a été analysé et un test de susceptibilité étendue au biofilm (EBS) a été pratiqué de façon à déterminer la concentration minimale inhibitrice biofilm (CMIB qui correspond à la concentration minimale permettant d´inhiber la croissance de la bactérie dans le biofilm) et la concentration minimale éradicatrice biofilm (concentration permettant d´éradiquer la bactérie dans le biofilm).

Les antibactériens testés étaient : l´association amoxicilline-acide clavulanique, la cloxacilline, la pénicilline et l´association pénicilline-néomycine, à différents dosages et avec différentes durées de traitement (de 1 à 3jours)

Un modèle de régression logistique a été ensuite construit de façon à prédire le résultat de l´EBS : sensible ou résistant. Les variables potentiellement explicatives testées étaient : le traitement (nature de l´antibiotique, cf supra), la présence du locus IS257 et/ou ica (incriminé dans la genèse des biofilms) et/ou la présence du gène blaz (résistance à la pénicilline).

Au final, il en ressort que:
  • si la majorité des souches terrain récoltées étaient sensibles à la pénicilline, 10% des souches testées étaient résistantes à cet antibiotique
  • la durée de traitement était le facteur le plus important sur le résultat du challenge
  • la présence du gène blaz bien évidemment ressortait comme associée à la présence de résistance mais également la présence du locus IS257 confirmant le rôle des biofilms dans la faible efficacité thérapeutique de certains traitements.
 

Au final, il ressort de cette étude que la durée du traitement antibactérien et la souche incriminée sont les deux facteurs les plus sensibles pour l´efficacité du traitement (à noter qu´ici bien sûr, la notion d´ancienneté de l´infection n´a pu être intégrée alors qu´elle joue également un rôle majeur dans les chances de guérison). Le test de susceptibilité étendu au biofilm semble une méthode d´intérêt et d´avenir pour mieux estimer l´efficacité des différentes thérapies vis-à-vis de S. aureus. Il ne permettra pas cependant de prendre en compte les différences de pharmacocinétique des antimicrobiens ni la dynamique des infections. Aussi faudra t´il certainement l´intégrer en complément des études in vivo qui restent essentielles pour déterminer l´efficacité d´un traitement.

 

Référence :
Melchior M.B., van Osch M.H.J., Lam T.J.G.M., Vernoij J.C., Gaastra W., Fink-Gremmels J.
Extended biofilm susceptibility (EBS) assay for Stahylococcus aureus bovine lastitis isolates: evidence for association between genetic makeup and biofilm susceptibility - Journal of Dairy Science, 2011, (94):5926-5937.