Brève Au Coeur du Lait Septembre 2010

Observation clinique d’un foyer de mammites et de pneumonies dues à Mycoplasma bovis.


L’objet de cet article est de décrire un épisode de mammites et de pneumonies dues à M. bovis survenu récemment dans un grand troupeau de l’Ouest de la France, en sachant qu’en France, l’infection mammaire à M. bovis chez les vaches laitières semble exceptionnelle alors qu’elle est beaucoup plus fréquente en Amérique du Nord.

 

L’éleveur rapporte depuis plusieurs mois maintenant des épisodes incurables de mammites sur au moins 8 vaches (sur 120), associés à des syndromes « pneumonie-mammite » (sur 5 des 8 vaches atteintes) chez plusieurs vaches ayant conduit à la mort de l’animal (dont 4 euthanasies pour non valeur économique). De plus, de nombreux veaux issus de l’atelier laitier (environ 10% de chaque lot) de type veau de boucherie (nourris au lait entier produit par les vaches de l’exploitation) présentent des troubles respiratoires, 7 d’entre eux présentent un syndrome pneumonie-arthrite. L’historique sanitaire du troupeau révèle également une circulation persistante de BVD depuis 2 ans.

Les principaux éléments cliniques récoltés sont en accord avec la description américaine classique des ces mammites :

  • Chute brutale et marquée de la production laitière,
  • Mamelle enflée et ferme, mais non douloureuse et ne présentant pas de chaleur anormale.
  • Apparition après quelques jours d’évolution d’une sécrétion séropurulente pouvant persister plusieurs mois,
  • Nombreux échecs thérapeutiques,
  • Atteinte concomitante ou séquentielle des 4 quartiers.

Les prélèvements réalisés (sur liquide articulaire, ATT sur les veaux ou prélèvement aseptique de lait) ont permis la mise en évidence de Mycoplasmes (M. bovis et M bovirhinis). Sur 2 animaux hospitalisés à l’Hôpital vétérinaire d’Oniris, M. bovis a de plus été isolé de nombreux autres organes (utérus, poumon…), laissant supposer une diffusion septicopyohémique des mycoplasmes.
La réalisation de cultures sur pool de lait (mix de 15 à 20 vaches) sur les autres vaches n’a pas permis d’identifier de nouvelles porteuses tandis que les sérologies ELISA ont permis d’identifier 10% de vaches fortement séropositives, candidates à la réforme précoce. Près de 50% des 200 veaux de l’atelier veau de boucherie avaient de forts taux d’anticorps, probablement en lien avec le lait reçu de vaches atteintes.
Outre l’instauration d’un ordre minutieux de traite, et l’arrêt de l’alimentation des veaux avec du lait issu de vaches porteuses, les recommandations ont porté sur un dépistage fréquent par mix afin de détecter de nouvelles porteuses pour une réforme précoce, l’instauration de traitement médicaux étant d’un pronostic plus qu’incertain.

Au final, les enseignements à tirer de cette description clinique pour le praticien dans le contexte français sont :
- en éléments de suspicion, des mammites chroniques et incurables, touchant le plus souvent les 4 quartiers avec une mamelle très volumineuse.
-l’intérêt de prélèvements de mélange afin d’identifier à moindre coût l’existence des animaux porteurs qui devront être prioritairement réformés
-le contrôle de cette affection, très délicat, qui repose uniquement sur la détection/réforme des porteurs, le traitement médical semblant vain.
-l’importance des bonnes pratiques de traite et de contrôle des infections intra-mammaires en général.



 

Référence :
S. Assié, N. Cesbron, R. Guatteo, L. Trencart, Y. Buret, D. Le Grand, A. Douart : Observation clinique d’un foyer de mammites et de pneumonies dues à Mycoplasma bovis - Le Nouveau Praticien élevages et santé