Brève Au Coeur du Lait Juillet 2010

Quel est l’impact d’un stress thermique durant la période de tarissement sur la production laitière ultérieure ?

 

Si l’effet de la température ambiante et de la photo-période sont autant de facteurs connus pour altérer la physiologie de la vache laitière durant la lactation (jusque 25% de production laitière amputée), peu de données sont disponibles sur l’effet de ces paramètres pendant la période de tarissement. Ainsi, l’objectif de cette étude menée aux Etats-Unis était d’évaluer l’effet d’un stress thermique sur les performances laitières (et métaboliques) ultérieures.

 

Pour ce faire, 16 vaches laitières ont été taries 46 jours avant la date prévue de vêlage et de façon aléatoire assignées à un des deux traitements évalués : soit un stress thermique, consistant en fait à laisser les animaux soumis à la température ambiante et aux variations climatiques de cette zone chaude (Floride), soit des conditions « rafraichies » permises par un système de climatisation assurant une température ambiante n’excédant pas 21,1°C. Toutes les vaches étaient soumises à une photopériode de type 14 heures de lumière, 10 heures de nuit. Les vaches laitières des 2 lots ont été rassemblées après vêlage et ont bénéficié de conditions « rafraichies ».Durant toute l’étude, les températures rectales ont été mesurées deux fois par jour, et après le vêlage, les productions laitières et les quantités ingérées ont été enregistrées. Afin d’évaluer les modifications des profils métaboliques et hormonaux, différents échantillons ont été collectés et analysés depuis le tarissement jusque 45 jours post-partum :

  • Des échantillons sanguins pour dosage de métabolites et d’hormones (prolactine notamment)
  • Des biopsies hépatiques afin de juger, par PCR, de la présence ou non d’enzymes et cytokines signes d’une activité métabolique intense du foie
  • Des échantillons de lait afin d’évaluer la concentration en cellules somatiques et les taux protéiques et butyreux, ainsi que la teneur en acides gras

Il en ressort principalement qu’une période de stress thermique de 6 semaines sur des vaches taries (due à une chaleur excessive en comparaison à l’absence de stress thermique) est à l’origine :

  • d’une tendance à la réduction de la durée de gestation (1 semaine d’écart entre les 2 lots ; P=0.012)
  • d’un poids plus faible des veaux (31 vs 44 kg ; P < 0.001)
  • d’une élévation de l’ordre de 0,4°C de la température rectale (P=0.05)
  • d’une augmentation de la prolactine de l’ordre de 100 ng/mL la veille (P= 0.03) et le jour du vêlage (P= 0.01)
  • d’une baisse significative de l’ingestion durant la période sèche (12 kg vs 14.1 kg ; P = 0.001) et d’une tendance à une ingestion supérieure dans les 2 semaines post partum
  • d’une diminution de la production laitière de l’ordre de 7,5 kg/jour
  • d’une baisse de l’ordre de 3,5 points du TB, sans variation de TP associée
  • d’une baisse donc de production laitière standardisée à 3.5% de matière grasse significative sur l’ensemble de la lactation
  • en parallèle d’une lipomobilisation plus limitée en début de lactation (moindre production)

Au final, la maîtrise et la prévention des périodes de stress thermique s’avèrent en zone chaude une opportunité afin d’optimiser la lactation ultérieure. Les effets bénéfiques du « rafraichissement » sont probablement liés une moindre synthèse de prolactine permettant ainsi une meilleure régulation du métabolisme hépatique à l’origine d’une meilleure réponse au challenge énergétique du début de lactation.

 

Référence :
B.C. do Amaral, E.E. Connor, S. Tao, J. Hayen, J. Bubolz, G.E. Dahl :Heat-stress abatement during the dry period: does cooling improve transition into lactation? - Journal of Dairy Science, 2009, 92 (12):5988-5999.