Brève Au Coeur du Lait
Juin 2012

 

Synthèse de données sur la santé de la mamelle en système de traite robotisée.

Focus 3 : Quels sont les moyens pour dépister les infections intra-mammaires en système de traite robotisée ?

Quoi détecter et quand le détecter ?

Les éleveurs équipés en robot de traite souhaitent une détection précoce des mammites cliniques afin de pouvoir intervenir sur les vaches atteintes d´avoir une séparation du lait de ces animaux durant la phase de traitement et du temps d´attente associé. Idéalement, pour une bonne appropriation des éleveurs, l´alerte devrait être donnée à la traite correspondant à l´apparition de la mammite clinique, ou quelque temps auparavant. En effet, si le système d´alerte est trop sensible, l´éleveur risque de traiter trop d´animaux et cela ne sera pas économiquement rentable. Les éleveurs devraient pouvoir déterminer le niveau de sensibilité de détection des mammites cliniques en fonction du statut sanitaire de leur troupeau et choisir entre avoir plus d´alertes avec aussi plus de faux positifs ou moins d´alertes, mais moins de faux positifs.

Le minimum réglementaire à viser est la détection et le retrait du lait issu de mammites cliniques. Pour ce faire, le système doit être assez sensible et surtout spécifique. Pour cela, les normes ISO en vigueur pour les robots demandent une sensibilité supérieure à 70% et une spécificité supérieure à 99% pour la détection du lait de mammite clinique. En pratique, on a une sensibilité parfaite avec des laits contenant du sang à plus de 2%, mais la sensibilité pour écarter le lait ne serait que de 28 à 45% pour les laits avec présence de grumeaux.

Nombre d´éleveurs souhaiteraient aussi voir leur robot détecter précocement les mammites subcliniques (CCS > 200 000 cellules/mL) car elles peuvent évoluer en mammites cliniques et les vaches atteintes de mammites non détectées représentent un risque d´infection pour les autres animaux du troupeau.

Quelles sont les alertes disponibles sur le robot ?

En plus des critères déjà rapportés dans le focus 2 (intervalle entre traites, production laitière), des critères plus analytiques de la composition du lait peuvent être utilisés.

La conductivité électrique : il s´agit de la méthode la plus couramment utilisée pour détecter les mammites cliniques et subcliniques. Cette alerte se base sur les variations de concentrations en ions sodium et chlore consécutives à l´inflammation de la mamelle. Un consensus est présent dans la littérature pour considérer la conductivité comme inappropriée pour détecter les mammites subcliniques. Selon les études et seuils utilisés, la sensibilité pour détecter les élévations de CCS varie de 5 à 43%. Il ne s´agit donc pas d´un indicateur très fiable, et il peut être aussi générateur de nombreuses fausses alertes Ces médiocres performances peuvent être expliquées par la fraction du lait analysé, qui est celle après l´éjection du lait alors que lait de la citerne serait le plus adapté. Cependant, afin de prendre en compte d ´éventuels biais liés à la race et au stade de lactation, il est en tout cas plus pertinent de comparer les quartiers d´une même vache entre eux et au cours du temps (prise en compte des variations).

La couleur du lait : une concentration en sang de 0,1% est généralement détectable dans le lait et génère donc une alerte sur ce critère, même si le plus souvent ce soit une coloration jaune qui soit à l´origine de l´alerte colorimétrie. La spécificité de ces alertes est généralement excellente (> 95%) mais la sensibilité est plus modérée (40-80% selon les études, mais effectifs faibles et mammites sévères le plus souvent). La fiabilité des alertes est très dépendante des couleurs « suivies ” par les analyseurs.

Les CCS : des méthodes de mesure des CCS en direct sont aujourd´hui disponibles mais n´équipent pas en routine tous les robots. Les qualités intrinsèques de ces méthodes sont comparables à celles utilisées notamment au laboratoire pour mesures les CCS au seuil de 500 000 cell/mL (Se 55%, Sp 50%). Par contre, la corrélation au seuil de 2000 000 cell/mL (seuil classiquement retenu pour distinguer els mammites subcliniques) est moins bonne. De même que les CCS sont utilisées en routine en système conventionnel pour apprécier la situation en termes d´infections intra-mammaires, cette méthode appliquée au robot semble aujourd´hui la plus prometteuse. Il convient de continuer à travailler sur les seuils. En pratique, la voie la plus prometteuse semble être la combinaison d´informations de conductivité et de CCS.

 

Au final, l´idéal serait de combiner les alertes mais des études sont encore nécessaires pour trouver la combinaison idéale maximisant la sensibilité et minimisant les fausses alertes génératrices de manque de confiance chez les éleveurs.

 

Référence :
Hovinen M, Pyörälä S.
Invited review: Udder health of dairy cows in automatic milking - 2011, (94): 547-562.