Brève Au Coeur du Lait
Mai 2012

 

Y-a-t-il une association entre la concentration en sélénium dans le lait et la santé mammaire ?

L’objectif de cette étude menée dans une province canadienne était d’étudier le lien entre les taux de sélénium mesurés dans le lait (des résultats antérieurs faisant état de carences assez fréquentes dans cette région) et la santé mammaire (concentrations en cellules somatiques-CCS- et risque de nouvelles infections durant la période sèche). Pour ce faire, 18 troupeaux bovins laitiers participant au réseau de recherche pour le contrôle des mammites ont été sélectionnés afin d’avoir des troupeaux avec des CCS de troupeau bas (<150 000 cell/mL), intermédiaire (150-300 000 cell/mL) et élevées (> 300 000 cell/mL). Ces troupeaux avaient en moyenne 81 vaches en lactation [42-197] d’une production moyenne de 31.6 kg [+/- 3.5]/vache.

Au sein de ces troupeaux, 15 vaches à tarir dans les 2 mois ont été sélectionnées (tarissement en moyenne de 63 jours). Des prélèvements aseptiques de lait étaient réalisés 4 et 2 semaines avant tarissement ainsi que 1 et 7 jours après vêlage pour analyse bactériologique, mesure de la concentration en cellules somatiques et en sélénium. Les références prises pour qualifier les concentrations en sélénium dans le lait étaient les suivantes : forte carence lorsque < 0.12 µmol/L et valeur adéquate à 0.28 µmol/L.

Il en ressort que :

  • L’ensemble des éleveurs rapportaient supplémenter la ration des génisses et vaches (taries et en lactation) avec du sélénium.
  • Sur les 427 analyses individuelles issues de 262 vaches, la concentration moyenne en sélénium était de 0.52 +/-0.17 µmol/L avec seulement 8 vaches (3%) en dessous de 0.28 µmol/L.
  • Une forte corrélation existait pour les concentrations en sélénium dans le lait pour des vaches d’un même troupeau.
  • Les teneurs les plus fortes étaient retrouvées chez les vaches en zéro pâturage.
  • Pour les autres vaches ayant accès à la pâture, seuls 14% des résultats indiquaient une carence marginale, quasi uniquement en période de pâturage
  • 40% des échantillons indiquaient une mammite au tarissement et 35% au vêlage, les staphylocoques coagulase négative étant les plus fréquents dans les deux cas.
  • Aucune relation n’a été trouvée entre l’incidence globale de mammites durant le tarissement et le niveau en sélénium.
  • Le risque de survenue de mammites due à des germes gram négative ou Streptococcus. spp était augmenté lorsque la concentration en sélénium augmentait, sans explication évidente. Toutefois, il faut rappeler qu’aucune étude antérieure n’avait montré d’effet de la supplémentation en sélénium sur le risque d’avoir une infection intramammaire à Streptococcus. spp en début de lactation ou de mammites cliniques à Streptococcus. spp durant la lactation ; les études européennes avaient uniquement montré un effet de la supplémentation en sélénium sur l’inhibition de la croissance de S. aureus.
  • Les CCS augmentaient également légèrement chez les vaches avec des teneurs plus élevées en sélénium, les auteurs mettant cela sur le compte potentiel d’une meilleure réponse inflammatoire.
 

Au final, il n’a pas été mise en évidence d’association entre des taux de sélénium bas dans le lait (évoquant des déficits alimentaires) et des indicateurs de santé mammaire dégradés (CCS, incidence de mammites au tarissement par exemple) dans cette étude où les taux de sélénium retrouvés au sein des troupeaux étaient rarement bas, du fait de leur conduite, et où les plages de prévalence d’infections intramammaires et de CCS étaient plus basses que dans la première étude pour laquelle une relation entre statut en sélénium et santé mammaire furent observés. Dans les conditions de conduite des troupeaux canadiens, la concentration en sélénium dans le lait n’apparait pas comme un élément déterminant de la santé mammaire.

 

Référence :
Ceballos-Marquez A., Barkema H.W., Stryhn H., Dohoo I.R., Keefe G.P., Witchel J.J.
Milk selenium concentration and its association with udder health in atlantic Canadian dairy herds - Journal of Dairy Science, 2010, (93):4700-4709