Brève Au Coeur du Lait Mai 2010

Faut-il se préoccuper des infections intra-mammaires causées par les staphylocoques coagulase négative (SCN) ?

L’objectif de cette étude menée aux USA était d’investiguer l’impact des mammites à SCN sur les valeurs de concentrations en cellules somatiques (CCS) individuelles des vaches laitières de même que d’évaluer leur impact global sur le taux cellulaire de tank.

Pour ce faire, les auteurs de cette étude se sont basés sur les données récoltées dans le cadre du programme de contrôle de la qualité du lait mis en œuvre dans l’état de New York et certains états attenant. Au final, les données s’étendant de 1992 à 2007 étaient disponibles, ce qui a permis d’analyser un total de 352614 enregistrements provenant de plus de 4200 troupeaux laitiers d’en moyenne 70 vaches (production laitière moyenne 9300 kg)


 

En moyenne, 15% des vaches échantillonnées dans les troupeaux étaient infectées par un SCN, avec de grande variabilité entre troupeaux (0-100%) : 18% en moyenne chez les génisses, 13% chez les vaches. Tant chez les vaches que chez les génisses, les SCN ont été les germes les plus fréquemment retrouvés lors de mammites (61% pour les génisses et 38% pour les vaches). Au sein de chaque troupeau, la prévalence de vaches ayant une mammite à SCN associée à une CCS de plus de 200 000 cellules/mL était de l’ordre de 2%.

Concernant les comptages cellulaires, les auteurs ont distingué 3 catégories de populations: selon le statut d’infection intra-mammaire : les comptages les plus faibles étaient rencontrés pour les échantillons négatifs ; une élévation modérée des comptages cellulaires était observée lorsque des  SCN (et Corynebacterium bovis) étaient isolés : les plus forts comptages étaient associés à la présence de streptocoques et/ou de Staphylococcus aureus.
Alors que l’impact des SCN sur les CCS est quasi similaire chez les primipares et les multipares, l’effet relatif par rapport à une population d’animaux sains est relativement plus élevée chez les primipares en raison de valeurs de CCS plus faibles chez les animaux sains de cette catégorie.
Tandis que la production laitière chez les vaches atteintes de mammites à germes pathogènes majeurs était très diminuée par rapport aux animaux sains (-3.6 kg / jour lors d’infection à S.agalactiae, -1.6 kg / jour lors d’infection à Streptococcus spp et -1.8 kg / jour lors d’infection à S.aureus), les animaux atteints de mammites à SCN ne présentaient aucune diminution de cette production laitière, voire une production légèrement supérieure chez les vaches atteintes de mammites à SCN. Ce résultat qui peut sembler surprenant pourrait être lié à un effet protecteur des SCN sur la survenue de mammites cliniques.

Enfin, concernant l’impact des mammites à SCN sur les concentrations en cellules cellulaires au niveau du tank (CCT), leur contribution est variable selon que l’on s’intéresse à des troupeaux  à faible ou forte valeur de CCT. Il est en proportion plus élevé dans les élevages à plus faible CCT (18% de la contribution du comptage pour des CCT < 200 000 cellules/mL et seulement 8% selon pour les CCT > 400 000 cellules/mL).

Au final, cette étude confirme la très forte prévalence des SCN dans les infections intra-mammaires des vaches et encore plus des génisses. Toutefois, leur impact sur la production semble inexistant (confirmant leur faible pouvoir pathogène) et leur contribution à une dégradation des comptages cellulaires de troupeaux ne semble réelle que pour des valeurs faibles inférieures à 200 000 cellules/mL. Dans ces cas, les SCN semblent être le type de germe principal.

 

Référence :

Y.H. Schukken, R.N. Gonzalez, L.L. Tikofsky, H.F. Schulte, CG. Santisteban, F.L. Welcome, G.J. Bennett, M.J. Zurakowski, R.N. Zadoks : CNS mastitis : nothing to worry about ? - Veterinary Microbiology, 134 (2009) : 9-14