Brève Au Coeur du Lait Avril 2011

Comment la durée du tarissement influe-t-elle sur le fonctionnement et les mécanismes de défense de la mamelle ?

La période du tarissement est une période nécessaire et utile pour le renouvellement des cellules du parenchyme mammaire afin d’optimiser la production laitière lors de la lactation suivante. Alors que la durée du tarissement « standard » d’une vache a longtemps été de 8 semaines, ces dernières années, de nombreuses communications et publications ont fait été de périodes de tarissement raccourcies (tarissement court de l’ordre de 4 à 6 semaines) voire absentes (lactation continue) en avançant des raisons économiques. Néanmoins, l’impact global (au-delà de la simple production lactée) d’un raccourcissement ou de l’absence de tarissement est souvent peu pris en compte, alors que cela peut ne pas être sans conséquence tant au niveau mammaire (capacités de défense, constituants du lait) qu’au niveau systémique (bilan énergétique, statut hormonal).
L’objectif de cette revue de la littérature est à travers la description du rôle physiologique et des mécanismes mis en œuvre lors du tarissement de décrire les modifications associés à la modification de sa durée.

 

Au final, les conclusions de cette revue sont les suivantes

  • Afin de maximiser la production laitière en lactation n+1, notamment pour des vaches laitières hautes productrices, la durée « idéale » de tarissement reste 8 semaines.

  • La lactation en continue (sans période de tarissement) est à l’origine de pertes importantes de production laitière en « lactation n+1 » du fait principalement du manque de renouvellement (turnover ») des cellules du parenchyme mammaire, ou leur remplacement par des cellules sénescentes moins sécrétrices. Des expérimentations menées aux USA ont rapporté qu’une administration de somatotropine durant la lactation pouvait atténuer la nécessité d’une période tarie de 8 semaines. Néanmoins si les phénomènes d’involution mammaire ont été bien étudiés chez les vaches traites en continue ou à période de tarissement classique, très peu de données sont disponibles pour des périodes raccourcies de tarissement.
  • La chute de production laitière observée pour les vaches à tarissement court serait principalement le fait d’une involution insuffisante de la mamelle et d’une prolifération des cellules épithéliales mammaires insuffisante plus que de perturbations énergétiques. En effet, les vaches à tarissement court présentent un bilan énergétique en début de lactation plus favorable.
  • Concernant l’impact de la durée de tarissement sur les capacités de défense immunitaire de la mamelle, si théoriquement le raccourcissement de la période tarie pourrait être bénéfique, aucune étude ne vient le démontrer (aucune étude disponible). L’impact théoriquement bénéfique du raccourcissement sur les capacités de défense immunitaire de la mamelle viendrait de l’absence d’accumulation de lait et de ses composants qui pourraient inhiber ou rentrer en compétition avec l’activité phagocytaire des leucocytes. L’effet du raccourcissement sur les capacités systémiques de défense n’a pas fait l’objet d’étude.

Au final, si de nombreuses données concernant la durée de tarissement et l’impact sur la production laitière ont été produites, il reste donc beaucoup d’incertitudes concernant l’impact d’un raccourcissement ou d’une absence de période tarie sur des conséquences plus globales (métaboliques, hormonales, involution mammaire et capacités de défense).

Référence :

Pezeshki A, Capuco AV, De Spiegeleer B, Peelman L, Stevens M, Collier RJ, Burvenich C : An integrated view on how the management of the dry period length of lactating cows could affect mammary biology and defence. J Anim Physiol Anim Nutr (Berl). 2010 Oct; 94(5):e7-e30