Le parasitisme des bovins laitiers par les strongles gastro-intestinaux : diagnostic, impact sur la production et contrôle

Brève Au Coeur du Lait Février 2010

Quel est l’impact sur les performances zootechniques de bovins laitiers ?

 

De façon générale, cet impact est estimé dans des études qui comparent les performances d’animaux traités ou non avec des antiparasitaires. Les limites quant à l’interprétation de ces résultats reposent notamment sur les mécanismes réels physiopathologiques (non complètement élucidés) ainsi que sur la fraction attribuable au parasitisme dans des phénomènes multifactoriels par essence (comme la baisse de production laitière).

Il ressort de la littérature que :

  1. Le parasitisme par les strongles gastro-intestinaux a un impact négatif sur le gain moyen quotidien chez les génisses durant leurs deux premières années, l’effet n’étant plus observé après.
  2. Cette réduction de poids observée durant la première saison de pâture reste marquée au moins jusqu’à la fin de la seconde saison de pâturage ; l’effet négatif du parasitisme gastro-intestinal sur les génisses se fait ressentir en première lactation du fait que la production laitière en première lactation est corrélée positivement avec le poids au vêlage.
  3. Lors d’infestation expérimentale des différentiels de production lactée de l’ordre de 1 à 2 kg/vache/jour ont pu être mis en évidence sur de faibles effectifs tandis que d’autres études n’ont mis en évidence aucun effet
  4. Concernant l’efficacité des traitements anthelminthiques, une récente méta-analyse a conclu à un gain de 0,35 kg de lait/jour/vache
  5. En se basant sur une estimation de la pression parasitaire via un ELISA sur lait de tank, des études menées en Belgique et au Canada rapportent lors d’augmentation de la pression parasitaire une chute de production lactée de l’ordre de 1 kg/vache/jour.
  6. Concernant l’effet potentiel sur les performances de reproduction des vaches laitières, peu d’études sont disponibles ; contrairement aux données produites en vaches allaitantes, pour lesquelles les taux de conception, de mise-bas et une réduction de l’intervalle vêlage - remise à la reproduction plaident en faveur d’un impact favorable des traitements anthelmintiques, il semble qu’aucun impact significatif n’ait pu être mis en évidence dans des conditions « normales » de parasitisme chez les vaches laitières.

Quelles méthodes diagnostiques sont les plus pertinentes à l’échelle d’un troupeau de bovins adultes ?

  1. La coproscopie, adaptée chez les jeunes ruminants est peu intéressante chez les adultes (développement d’une immunité vis-à-vis des strongles gastro-intestinaux, faible niveau d’excrétion et large proportion d’Ostertagia ostertagi sous forme de L4 inhibées).
  2. Le dosage du taux de pespsinogène a également une faible valeur informative chez les bovins adultes (des valeurs élevées peuvent être observées sur des vaches saines, du fait d’une hypersensibilité résultant d’infestations anciennes).
  3. L’ensemble des études s’accorde en revanche pour souligner l’intérêt du dosage des anticorps dirigés contre O. ostertagi par méthode ELISA, ceci pouvant être réalisé simplement sur du lait : lait individuel ou lait de tank, ce dernier reflétant de façon assez fiable la prévalence de l’infestation dans le troupeau adulte.
  4. Dans les troupeaux laitiers dont les niveaux d’anticorps anti O.ostertagi détectés par ELISA sur lait de tank sont les plus élevés, les réponses en termes d’augmentation laitière suite à un traitement sont également les plus fortes.
  5. Les conditions d’utilisation et les seuils d’intérêt (notamment pour décider de la mise en place de traitement) restent néanmoins à déterminer dans différentes conditions et systèmes de pâturage.
  6. L’ELISA lait de tank apparaît donc pour l’instant comme un outil de monitoring.

Quels sont les éléments clés à prendre en compte dans le contrôle de ce parasitisme ?

Ce contrôle repose sur des mesures tant agronomiques que médicales.

  1. Concernant le recours aux anthelminthiques, 3 critères doivent être pris en compte :
    - L’efficacité non prédictible du traitement prescrit, dépendante de nombreux paramètres non maîtrisables ou connus (intensité de la réponse immune par exemple)
    - Le choix du moment optimal pour le traitement (fortement variable entre élevages/systèmes)
    - Le risque d’émergence de résistance, démontré à ce jour chez les caprins et les ovins en Europe.
  2. Aucune recommandation n’a fait l’objet de validation ni de consensus chez la vache laitière à ce jour.

Si les effets du parasitisme clinique sont de mieux en mieux appréhendés, les travaux actuels portent sur l’estimation des effets du parasitisme subclinique, situation la plus fréquente en élevage et sur la mise au point d’indicateurs du parasitisme utilisables en élevage afin de raisonner le recours aux anthelminthiques et d’estimer au mieux leur effet.

 

Référence :
J. Charlier, J. Höglund, G. von Samson-Himmelstjerna, P. Dorny, J. Vercruysse : Gastrointestinal Nematode infections in adult dairy cattle: Impact on production, diagnosis and control.Veterinary Parasitology (2009) 164,70-79