Brève Au Coeur du Lait
Janvier 2012

Certaines souches staphylocoques coagulase négative affectent plus que d’autres la santé de la mamelle.

L’objectif de cette étude menée en Belgique était de décrire l’épidémiologie des mammites dues aux staphylocoques coagulase négative (SCN). Si les SCN sont souvent considérés comme les germes de mammites les plus prévalents, notamment chez les primipares, aucun consensus n’existe par contre quant à leur pouvoir pathogène strict ou à leur impact en termes de santé de la mamelle. Certaines équipes scientifiques estiment notamment qu’ils sont capables de développer des mammites chroniques, qu’ils sont résistants à de nombreux antibiotiques alors que d’autres considèrent qu’ils peuvent s’avérer « protecteurs » vis-à-vis d’autres pathogènes de la mamelle. En fait, avant les années 2010, dans la plupart des études, l’identification des différentes espèces se faisait au moyen de leurs caractéristiques phénotypiques, méthode très imparfaite ayant conduit souvent les auteurs à parler d’un groupe homogène de SCN, alors qu’il semble que ce ne soit pas le cas et donc, une des hypothèses explicatives de cette variabilité apparente d’effet serait l’existence d’impacts différents sur la santé mammaire selon l’espèce de SCN.

Pour valider cette hypothèse de différence de pathogénécité entre espèces de SCN vis-à-vis de la mamelle des vaches laitières, les auteurs ce cette étude ont recruter 3 fermes en Belgique (d’une taille de 53 vaches en moyenne, production d’environ 10000 kg/vache et moyenne des concentrations cellulaires de troupeau de 177500 cell/mL). Au sein de chaque ferme, une cohorte de 25 vaches a été constituée aléatoirement (en appariant primipares, seconde, troisième lactation et plus). Lorsqu’une vache de la cohorte était réformée, elle était remplacée par une vache de même parité. Chaque vache a été prélevée en moyenne 10 fois (prélèvements effectués de manière aseptique dans la semaine suivant le contrôle de performances) sur une période totale d’étude de 13 mois. Des prélèvements complémentaires ont été réalisés, en cas de mammite clinique, lors du tarissement et lors de la réintroduction des vaches nouvellement vêlées dans le groupe des vaches en lactation.

Au total, 89 vaches ont contribué à cette étude. Les différentes souches de SCN ont été identifiées par PCR quelle que soit la nature des échantillons prélevés. Une mammite a été considérée comme provoquée par un SCN si mise en évidence de 1000 CFU/mL lors d’un prélèvement ponctuel ou > 500 CFU/mL lors de 2 prélèvements successifs.

Au final, 3064 quartiers ont ainsi été analysés et 665 (21.7%) ont été considérés comme infectés. Les germes en cause sont résumés dans le tableau ci-dessous.

 

Germe en cause dans la mammite

n

Implication dans les mammites (%)

Implication dans les mammites à SCN (%)

Staphylococcus aureus

48

6.9

 

Corynebacterium bovis

383

55.3

 

SCN

179

25.8

 

S. chromogenes

83

12.0

46.4

S. xylosus

28

4.0

15.6

S. cohnii

20

2.9

11.2

S. simulans

17

2.5

9.5

S. hemolyticus

11

1.6

6.1

S. fleurettii

6

0.9

3.4

S. devriesei

5

0.7

2.8

S. scirui

3

0.4

1.7

S. epidrmidis

1

0.1

0.6

S. equorum

1

0.1

0.6

S. hyicus

1

0.1

0.6

S. pasteuri

1

0.1

0.6

SCN non identifié

2

0.3

1.1

Autres pathogènes

83

12.0

 

 

Dans cette étude, Corynebacterium bovis a été le pathogène le plus prévalent lors d’infections intramammaires (55.3%) et les SCN ont constitué le 2ème groupe de bactéries les plus prévalentes (25.8%). Parmi les SCN, S. chromogenes, xylosus, cohnii et simulans furent les plus fréquemment isolés quelle que soit la ferme concernée mais la répartition entre espèces est différente selon les troupeaux. Aucun SCN n’a par contre été identifié lors de mammite clinique durant l’étude. Des élévations de concentrations en cellules somatiques (CCS) comparables à celles retrouvées lors d’infections intra-mammaires à S. aureus ont été mises en évidence pour les SCN suivants : S. chromogenes, simulans et xylosus. Concernant les infections intra-mammaires chroniques, bien que diverses souches de SCN aient pu être détectées, S. chromogenes a été le plus fréquemment identifié. Enfin, la majorité des nouvelles infections après vêlage furent causées par des SCN (64.3%).

 

La forte prévalence de S. chromogenes, simulans et xylosus parmi les SCN est conforme aux autres études de la littérature. L’élévation constatée des CCS lors d’infections intra-mammaires dues à S. chromogenes, simulans et xylosus est comparable à celle observée avec S.aureus. Ces aspects devront peut-être pris en compte à l’avenir pour conduire à l’élaboration de recommandations adaptées, notamment sous l’angle économique.

 

Référence :
Supré K, F. Haesebrouck, R. N. Zadoks, M. Vaneechoutte, S. Piepers, S. De Vliegher. :
Some coagulase-negative Staphylococcus species affect udder health more than others. - Journal of Dairy Science, 2011, (94): 2329-2340.