Brève Au Coeur du Lait Janvier 2011

Quelle est l’efficacité d’une vaccination sur la survenue de mammites à staphylocoques ?

L’infection des mamelles des génisses avant vêlage est bien documentée. Les staphylocoques (principalement S. aureus et staphylocoques coagulase négative –SCN-) figurent parmi les germes les plus fréquemment impliqués dans les mammites des primipares.
En matière de stratégie de prévention, l’antibiothérapie péripartum a démontré son efficacité, notamment vis-à-vis des SCN. Cependant, son efficacité économique reste controversée, t en plus des considérations sur le bon usage des antibactériens. En ce qui concerne la vaccination, très peu d’études sont disponibles sur la prévention des mammites à staphylocoques chez les génisses uniquement. Les quelques études existant diffèrent non seulement par les protocoles vaccinaux employés (âge de primo-vaccination et nombre de rappels) mais également par l’efficacité rapportée. L’objectif de cette étude menée aux USA était d’évaluer l’efficacité d’un vaccin commercial (Lysigin, Boehringer Ingelheim) vis-à-vis de la prévention de mammites à staphylocoques (S. aureus et SCN) et de mesurer son impact sur les concentrations en cellules somatiques (CCS). Les teneurs en anticorps spécifiques ont également été déterminées.

 

Les expérimentateurs ont choisi volontairement de ne pas vacciner de génisses et préféré inclure des vaches dans leur essai car l’inclusion de génisses , du fait de la variabilité forte pouvant exister au niveau du temps s’écoulant entre injections programmées sur la base d’une mise-bas prévisionnelle et vêlage effectif.

Les auteurs ont pratiqué un essai de vaccination partielle dans la ferme expérimentale de l’université du Missouri (exploitation de 180 bovins environ). 90 vaches laitières ont été incluses dans l’étude, 44 ont été vaccinées et 46 ont reçu un placebo. Au début de l’étude les taux de prévalence dans le troupeau était de 7% des vaches infectées par S. aureus et de 58% des vaches (30% des quartiers) par SCN. Les animaux vaccinés ont tous reçu deux injections sous-cutanées dans l’encolure à 14 jours d’intervalle (J0, J14). Pour être inclus dans l’étude, les animaux devaient être non infectés par S. aureus à plus de 30 jours de lactation et leur niveau de production devait être supérieur à 14kg de lait/jour de moyenne dans les 70 premiers jours de lactation.

Afin de mesurer d’éventuelles variations en CCS ou en anticorps, le lait de ces animaux a été prélevé à J0, J14, J28, J49 et J70. Des échantillons aseptiques ont été prélevés avant vaccination puis mensuellement pendant 6 mois pour recherche bactériologique. Avant vaccination, tous les quartiers étaient S. aureus free, tandis que 44 quartiers contenaient un SCN (25 quartiers du groupe placebo et 19 du groupe vaccin). Après vaccination, les résultats ont été les suivants :

  • 11 quartiers ont fait l’objet d’une mise en évidence unique de S. aureus (ne pouvant être considérée comme une nouvelle mammite à S. aureus), soit 7 dans le groupe vacciné et 4 dans le groupe placebo : aucune différence entre les deux groupes.
  • Parmi respectivement les 157 et 159 quartiers à risque dans les groupes vaccinés et placebo, 18 et 20 quartiers ont fait l’objet d’une mise en évidence de SCN : aucune différence significative entre les deux groupes.
  • Les teneurs en cellules somatiques ainsi qu’en isotypes d’anticorps spécifiques ne différaient pas entre les groupes vaccinés et placebo (comme déjà rapporté par les auteurs sur des génisses vaccinées).

Pour expliquer l’absence de prévention conférée par le vaccin, les auteurs avancent une insuffisance de production d’anticorps spécifiques opsonisants.

Au final, cette étude suggère que deux doses du vaccin étudié administré aux doses recommandées durant la lactation dans la situation de l’exploitation support de l’essai ne réduisent pas l’incidence des nouvelles mammites à S. aureus ni à SCN. Aucun impact sur les comptages cellulaires n’a été observé. Ces résultats sont en accord avec une étude précédente des auteurs qui rapportait une absence d’efficacité d’une vaccination sur des génisses vaccinées en fin de gestation. A noter cependant qu’une autre étude menée à la fin des années 90 indiquait toutefois une efficacité dans des conditions très différentes puisque alors la vaccination était démarrée dès 6 mois d’âge chez les génisses et de nombreux rappels étaient effectués (à 2 semaines puis tous les 6 mois). Des études supplémentaires dans un plus grand nombre de situations (âge de primo-vaccination et nombre de rappels)


 

Référence :
Middelton J.R., Luby C.D., Scott Adams D. : Efficacy of vaccination against staphylococcal mastitis: a review and new data - Vet. Microbiology 134 (2009) 192-198.