Brève Au Coeur du Lait Novembre 2011

Y-a-t-il un lien entre le titre en anticorps anti-Fasciola hepatica dans le lait et les pertes de production laitière ?

 

L’objectif de cette étude menée en Espagne était d’évaluer si un lien existait entre le taux d’anticorps anti-F. hepatica retrouvé (i) dans le lait de tank et la production laitière globale du troupeau et (ii) dans le lait individuel et la production laitière individuelle de la vache.

Pour ce faire, les auteurs ont sélectionné au hasard 490 fermes laitières situées dans la plus grosse région de production laitière espagnole (Galice). Au sein de ces fermes, un échantillon de lait de tank a été prélevé et été testé à l’aide d’une méthode ELISA (MM3-SEROELISA).La relation entre la production laitière globale du troupeau et le niveau d’anticorps dans le lait de tank a ensuite été investigué par régression linéaire. Dans un deuxième temps, l’ensemble des vaches de 18 troupeaux sélectionnés sur une base de variabilité de séroprévalence troupeau ont été prélevées (9 troupeaux avec une prévalence de la fasciolose < 12% - résultats négatifs de l’ELISA fait sur lait de tank- et 9 troupeaux avec une prévalence de la fasciolose ≥ 12%). Le lait de chacune des vaches (686 au total) a également été analysé par la même méthode ELISA et le lien entre le taux d’anticorps retrouvé dans le lait individuel a été mis en relation (modèle mixte) avec la production laitière, les taux de matière utile (TB, TP) et l’intervalle vêlage -vêlage. L’interprétation des valeurs ELISA à l’échelle individuelle a été déterminée par les auteurs après analyse de la distribution des résultats (absence d’infestation si valeur ≤ 0,100 ; infestation modérée pour les valeurs comprises entre 0,101 et 0,762 et infestation sévère pour les valeurs au –delà).

Il en ressort que l’analyse statistique met clairement en évidence un lien entre le statut de troupeau vis à vis de la fasciolose, déterminé par la présence d’anticorps anti F. hepatica et la production laitière moyenne du troupeau (P<0,05).

Pare rapport aux 490 fermes initialement sélectionnées, les données de production ont été intégralement recueillies dans 385 troupeaux. Les résultats ELISA sur lait de tank de ce groupe de 385 troupeaux ne différaient pas statistiquement de ceux de l’ensemble de l’échantillon initial. Les troupeaux avec un lait de tank fortement positif en ELISA (DO >0,405 correspondant d’après les auteurs à une prévalence > 25%) avaient une production moyenne journalière par vache inférieure de 1,5 kg en comparaison à celle de vaches des troupeaux dans lesquels n’avaient pas été mis en évidence d’anticorps anti F. hepatica. En revanche, aucune différence significative sur le plan de la production n’a été trouvée entre les troupeaux négatifs et ceux faiblement positifs.

L’analyse à l’échelle individuelle a produit des informations cohérentes avec celles déterminées au niveau troupeau. 6 des 9 troupeaux initialement considérés comme non infestés par F.hepatica, suite à l’analyse ELISA du lait de tank l’étaient réellement alors que dans les 3 autres, il y avait un faible pourcentage de vaches positives (2 – 10%). La prévalence intra-troupeau des 9 troupeaux infestés sélectionnés variait entre 15 et 100%. Au final, dans ces 18 troupeaux, l’ensemble des données de production a été disponible pour 409 vaches. Aucune différence significative de production laitière n’a été notée entre les vaches considérées non infestées et celles faiblement positives. Mais les vaches fortement séropositives (DO>0,762) ont produit en moyenne 2,1 kg de lait en moins par jour en comparaison aux vaches négatives.

Enfin, bien plus que la densité optique du lait, la variable la plus explicative des différences de niveau de production individuelle était la variable troupeau, soulignant l’importance primordiale de l’effet troupeau qui regroupe non seulement l’aspect infestation en grande douve mais aussi nombre d’autres facteurs (conduite d‘élevage, alimentation…) à même d’influer fortement sur la production laitière.

Concernant les taux de matière grasse et de matière protéique, les intervalles vêlage-vêlage, aucune relation significative n’a été mise en évidence avec les niveaux d’anticorps anti F. hepatica détectés (ni sur lait de tank, ni sur lait individuel) alors qu’une étude précédente (en 2007) indiquait entre lien entre niveau d’anticorps anti F. hepatica et taux de matière grasse.

Au final, les résultats obtenus confortent l’hypothèse d’un impact négatif de production laitière chez des troupeaux ou des vaches laitières fortement séropositifs vis-à-vis de Fasciola hepatica. Les auteurs de cette étude concluent sur l’intérêt d’une utilisation en routine de ce kit commercial ELISA pour détecter les élevages ou les individus fortement séropositifs vis-à-vis de Fasciola hepatica. Les seuils restent néanmoins à affiner et à mettre en relation avec le bénéfice économique attendu, suite à la réalisation de traitements fasciolicides.

 

Référence :
Mezo M, Gonzalez-Walerta M, Castro-Hermida J.A :Association between anti-F. hepatica antibody levels in milk and production losses in dairy cows. - Veterinary Parasitology, 2011 :237-242.