Brève Au Coeur du Lait Novembre 2009

Quelle est la relation entre la teneur en lactoferrine d’un lait mammiteux et la survie de l’agent pathogène responsable de l’infection intra-mammaire ?

 

L’objectif de cette étude menée en Argentine était (i) d’étudier la production de lactoferrine lors d’infection intramammaire (IIM) et (ii) d’étudier la susceptibilité de l’agent pathogène responsable de l’IIM à cette lactoferrine produite.

 

Pour ce faire, dans un premier temps, 305 quartiers ont fait l’objet d’un prélèvement aseptique de lait. Chaque prélèvement a fait l’objet d’une recherche bactériologique selon les recommandations ne vigueur. Un quartier était considéré infecté si un ou deux agents étaient détectés. Si plus de 2 agents étaient retrouvés, l’échantillon était considéré comme contaminé.  Dans le même temps, la quantité de lactoferrine contenu dans l’échantillon était déterminée.

Pour les quartiers atteints d’IIM subcliniques, il en ressort que la concentration en lactoferrine était significativement plus élevée dans les quartiers mammiteux. Toutefois, cette augmentation était le fait le plus souvent d’un seul pathogène. En effet, parmi les agents en cause retrouvés, la plus forte concentration en lactoferrine a été retrouvée dans les quartiers infectés par Streptococcus uberis. Les quartiers infectés par Staph aureus, des Staph coagulase négtives, Strep dysgalactiae ou Corynebacterium bovis ne présentaient pas d’augmentation significative du taux de lactoferrine en comparaison aux quartiers non infectés.

Pour les quartiers atteints de mammite clinique, la concentration en lactoferrine était encore plus importante dans les quartiers infectés « cliniques » que lors «d’IIM subcliniques ». La même tendance concernant Strep. uberis a été retrouvée.

Dans un deuxième temps, la susceptibilité in vitro de Staph aureus, E. coli et Strep. uberis vis-à-vis de la lactoferrine a été évaluée.

Figure : Activité inhibitrice de la lactoferrine sur des germes responsables de mammites. 4 isolements de E .coli, Staph.aureus et Strep.uberis ont été mis en culture en présence (bLF) ou absence (control) de 2mg/mL de lactoferrine bovine. Les comptages bactériens (cfu/mL) ont été mesurés après 6 h de croissance. Chaque colonne représente la moyenne (+/- écart type) des comptages obtenus avec les 4 souches isolées par  espèce bactérienne, *** p<0.01

Il en ressort que la croissance de E. coli et Staph aureus est très fortement inhibée par la lactoferrine tandis que cette dernière semble être sans effet sur la croissance de S. uberis, et ce quelle que soit la souche (4 testées).

En résumé, la glande mammaire semble donc produire en quantité de la lactoferrine lors d’IIM, et ce d’autant plus que la mammite est clinique et/ou l’agent en cause est Strep. uberis (confirmée in vitro). Néanmoins, il semble que Strep. uberis ait développé un mécanisme de résistance à l’action inhibitrice de la lactoferrine, pouvant ainsi expliquer en partie la persistance des infections intra-mammaires à Strep. uberis.

 

Référence :
L Chaneton, L Tirante, J Maito, J Chaves, LE Bussmann : Relationship between milk lactoferrin and etiological agent in the mastitic bovine mammary gland. Journal of Dairy Science. 2008.91 :1865-1873.