Brève Au Coeur du Lait Juillet 2010

Quel est l’impact des conditions d’élevage et sanitaires des génisses sur leurs performances ?

L’objectif de cette étude menée dans le sud-ouest de la Suède était de mettre en relation les conditions d’élevages des génisses et leur état sanitaire avec leurs performances zootechniques ultérieures, et d’étudier l’incidence de troubles de santé dans le jeune âge sur leur longévité dans le troupeau. Pour ce faire, les auteurs ont mené une étude consistant en un suivi longitudinal de plus de 3000 génisses issues de plus de 120 troupeaux laitiers (race Swedish Red et Swedish Holstein). Les génisses ont ainsi été suivies de leur naissance jusqu’à leur premier vêlage, leur réforme anticipée ou leur mort. Sur cette période, l’ensemble des informations relatives aux troubles de santé, aux conditions d’élevage ainsi que les informations relatives aux performances de reproduction ont été enregistrées.

 

Concernant les informations relatives au management et aux performances de reproduction, les résultats principaux furent les suivants :

  • Age médian de première mise à la reproduction : 17,5 mois
  • % de réussite en première IA : 64%
  • Age médian au premier vêlage : 27,6 mois.

Différents modèles statistiques ont été utilisés afin d’étudier les principaux facteurs impactant notamment sur l’âge à la mise à la reproduction et au premier vêlage. Bien qu’une très grande variabilité ait été observée entre troupeaux (situation fréquemment rencontrée en pratique), il ressort de cette étude que des périodes de pâturage élevées retardent l’âge de mise à la reproduction (probablement en rapport avec la vitesse de croissance). Les effets du pâturage sont différents selon la période (âge au vêlage davantage retardé sur des génisses nées en hiver)

Toutefois, une période de pâturage d’au moins 5 mois avant le premier vêlage était associée à un premier vêlage plus précoce en comparaison aux génisses élevées en zéro pâturage qui, elles, en moyenne ont vêlé 5 mois plus tard. L’impact des conditions d’ambiance pour ces femelles ayant été conduites en zéro pâturage a joué ; en effet, les génisses ayant été exposées à des taux d’ammoniac dans les bâtiments supérieurs à 10 ppm, ont vêlé plus tardivement que les autres (31 mois versus 26), probablement en raison d’une incidence de troubles respiratoires subcliniques plus élevée ou/et d’une augmentation du stress, défavorable aux performances de reproduction.

En ce qui concerne les troubles de santé, au final, plus de 470 génisses parmi les 3000 (16%) ont développé un ou plusieurs troubles entre l’âge de 7 mois et leur premier vêlage. De la naissance à la mise à la reproduction, les troubles dominants étaient les diarrhées, les maladies respiratoires hormis la dictyocaulose et la teigne. La majorité des troubles cliniques ont été classiquement observés durant les premiers mois de vie (entérites et troubles respiratoires.
Sur la période des 6 premiers mois de vie, l’apparition de troubles respiratoires était associée de manière significative aux diarrhées, à l’échelle des animaux mais non des troupeaux. Ensuite sur la période allant de 6 mois d’âge au premier vêlage, troubles respiratoires et diarrhées sont associées de manière significative aux 2 niveaux : animal et troupeau.

Près de 850 génisses n’ont pas pu être suivies durant toute l’étude :

  • 48% ont été vendues durant l’étude, principalement du fait de performances de reproduction jugées insuffisantes.
  • 18% sont mortes durant l’étude, principalement durant les 3 premiers mois de vie,
  • 34% ont été envoyées à l’abattoir (de façon constante tout au long de l’étude)

Rapporté au nombre total de génisses suivies, le taux de mortalité durant l’étude a été de 5%.

Au final, compte-tenu des effets très limités observés des différentes variables étudiées et compte-tenu de la très grande variabilité inter-troupeaux, il semble y avoir peu de leviers d’amélioration liés aux conditions d’élevage des génisses pour avancer l’âge au premier vêlage. Néanmoins, la prévention des troubles sanitaires constitue une piste d’amélioration des performances des génisses, permettant d’entrevoir une maîtrise optimale des coûts de production/entretien des génisses. Sur la phase d’élevage en bâtiment, il faudra être vigilant sur les conditions d’ambiance  qu’on pourra apprécier notamment à travers des mesures de taux d’ammoniac. Une élévation de ces taux, au-delà de 10 ppm, s’avère néfaste sur le plan des performances de reproduction. Le développement du pâturage, lié souvent à une recherche de coût d’entretien plus faible, retarde plutôt la mise à la reproduction et l’âge au premier vêlage, lorsqu’il dépasse 5 mois ; il est donc à intégrer dans une approche globale du système et doit être bien maîtrisé sur le plan du risque parasitaire.

 

Référence :
J. Hultgren, c. Svensson, D.O. Maizon, P.A. Oltenac : Rearing conditions, morbidity and breeding performance in dairy heifers in southwest Sweden - Preventive Veterinary Medicine (2008), 87:244-260.