Brève Au Coeur du Lait Juin 2010

Une synthèse sur l’effet des antibactériens en prépartum dans le traitement des mammites des primipares : to treat or not to treat ?

Dans cette revue de la littérature, l’auteur (américain se basant sur nombre d’études menées dans des systèmes américains) aborde successivement la prévalence des infections intra-mammaires chez les « génisses » - primipares - au vêlage en termes de fréquence mais également de type de pathogènes impliqués, puis fait le point sur les études ayant pour but d’étudier l’intérêt d’un traitement antibactérien « hors lactation » utilisé au moins 45 jours avant le part et d’un traitement antibiotique « en lactation » administré 1 à 2 semaines avant vêlage afin de diminuer l’incidence des mammites chez les primipares.

 
Quelle est la prévalence des mammites chez les « génisses » ?

L’ensemble des études disponibles rapporte que plus de 90% des génisses et 75% des quartiers avant le vêlage peuvent être considérés comme infectés. Parmi les agents pathogènes impliqués, les staphylocoques sont les germes les plus fréquemment isolés et parmi eux un pathogène majeur (S. aureus) ainsi qu’une une légion de staphylocoques coagulase négative (SCN) au premier rang desquels S. chromogenes.

Quelle est la concentration en cellules somatiques (CCS) dans les secreta de mamelle des génisses gestantes?

La quantité de sécrétions dans la glande mammaire des génisses gestantes est faible et conduit à avoir des valeurs de CCS dans ces secreta très fortes, même dans des quartiers non infectés. Néanmoins, des CCS élevées de façon persistante dans ces secreta (20 000 000 c/mL lors d’infections provoquées par S. aureus ou plus de 13 600 000 c/mL lors d’infections dues à des streptocoques ou à des SCN par exemple) laissent présager une atteinte du parenchyme mammaire à même de diminuer la lactation à venir. En effet, les quartiers atteints sont le siège d’une inflammation et d’un moindre développement des acinis mammaires.

Quelle est l’efficacité des traitements chez les génisses?

Concernant les produits à base d’antibactériens, quelles que soient les molécules utilisées dans des spécialités « hors lactation » (béta-lactamines, céphalosporines principalement), leur efficacité préventive vis-à-vis des mammites (précoces notamment) semble démontrée, pour peu que ces produits soient administrés (en une fois le plus souvent) au moins 6 semaines avant le part. Ces traitements sont associés avec un taux de guérison excellent pour les quartiers infectés par S. aureus (de 67 à 100%), une réduction de moitié des CCS et une production laitière majorée de 10% en comparaison à celle de génisses non traitées.
L’utilisation plus tardive de produits « en lactation » dans les 2 semaines précédant le part donne des résultats moins satisfaisants (taux de guérison compris entre 59 et 76.6% contre 26 à 31.7% pour des animaux non traités).
La seule étude disponible sur l’utilisation en prépartum de l’obturateur de trayon, menée en système extensif herbager (Nouvelle-Zélande), associé ou non à un antibactérien systémique) semble donner des résultats encourageants également.

Au final, est-ce pertinent de traiter ?

L’auteur conclut que le recours à des antibactériens « formule hors lactation » au moins 6 semaines avant le part est bénéfique principalement dans les élevages confrontés à une très forte prévalence de mammites sur les critères incidence de mammites cliniques et CCS. L’effet bénéfique sur la production laitière semble moins systématique, mais cela est à pondérer par le fait que ces études ne s’intéressent qu’à la première lactation des animaux sans prendre en compte les lactations suivantes où une atteinte initiale du parenchyme pourrait être plus visible. Enfin, parmi les critères à prendre en compte, l’auteur souligne que le traitement des génisses avant vêlage s’avère bénéfique si l’on tient compte d’un taux de guérison supérieur à celui observé en lactation, d’une absence de lait à jeter et d’un risque d’inhibiteurs minimal (contrôle cependant souhaitable au bout de la période colostrale).


 

Référence :
Nickerson S.C.: Control of heifer mastitis: Antimicrobial treatment - An overview - Veterinary Microbiology (2009) 134 :128-135.