Bréve Au Coeur du Lait
Mai 2013

 

Une mammite provoquée par un germe pathogène mineur prédispose-t-elle ou non au développement d´une mammite à germe pathogène majeur ?

L´objectif de cette étude menée au Canada était d´évaluer l´effet d´une infection intra-mammaire (IMM) causée par un agent pathogène dit mineur (à savoir un Corynebacterium ou un Staphyclocoque Coagulase Négative - SCN) sur la survenue ultérieure d´IMM causée par un germe pathogène majeur cette fois-ci (tel que Staphylococcus aureus, Streptococcus uberis, Streptococcus dysgalactiae ou un coliforme tel E. Coli ou Klebsiella spp).

Pour ce faire, les auteurs de cette étude se sont appuyés sur les données issues d´un suivi de plus de 2 ans au sein du réseau canadien de recherche sur les mammites qui consiste en un suivi longitudinal au sein d´une cohorte de troupeaux volontaires. Une période intensive de prélèvements de lait de quartiers fut réalisée le premier été 2007 avec 7 prélèvements hebdomadaires consécutifs. Puis, 15 vaches par période (considérées comme saines initialement) ont été sélectionnées : 10 choisies au hasard en milieu de lactation et 5 en tout début de lactation. Ces vaches ont alors été soumises à 4 périodes d´échantillonnage sur 2 ans, chaque période de prélèvement correspondant à 3 prélèvements de lait individuel de quartier espacés de 3 semaines (durant la période hivernale 2007 et 2008 ou estivale 2008). En outre, des échantillons de lait individuel de quartier furent également pris chaque année de façon aléatoire sur 15 vaches , à 4 moments clé, le premier entre 2 et 4 semaines avant tarissement, le second dans les 2 semaines précédant le tarissement, le troisième dans les 24 heures suivant le vêlage et le quatrième entre 7 et 14 jours post-partum.

L´ensemble des échantillons ont fait l´objet d´une analyse bactériologique et donné lieu à la détermination des CCS. Le ratio de risque à l´échelle du quartier de présenter une mammite à germe pathogène majeur a été calculé, pour en prenant en compte la présence antérieure de l´un ou l´autre des 2 germes pathogènes mineurs (Corynebacterium et SCN). Un modèle multivarié a également permis de prendre en compte la susceptibilité antérieure du quartier basée sur la CCS.

Les résultats sont les suivants :

Au final, plus de 115 000 échantillons de lait de quartier ont été collectés, dont plus de 19 000 avant tarissement, plus de 15 000 après vêlage et environ 80 000 en lactation.

Au final, l´incidence de nouvelles IMM a pathogènes majeurs fut relativement peu importante dans cette étude, au regard du nombre de prélèvements effectués : 258 incidences d´infections intramammaires à S. aureus, 49 à St. dysgalactiae, 56 à St. uberis et 122 à des coliformes. Cette faible incidence de nouvelles IMM a rendu difficile l´aptitude à mettre en évidence d´éventuelles relations significatives.

Les ratios de risque sont présentés dans le tableau suivant pour l´ensemble des échantillons

Pathogène
Tout échantillon

Ratio de risque

SCN

Corynebacterium

S. aureus

1.4 (1.1-1.6) (*)

0.9 (0.6-1.4)

St. uberis

1.1 (0.6-1.7)

1.0 (0.4-2.3)

St. dysgalactiae

0.8 (0.4-1.3)

0.6 (0.2-1.9)

Coliformes

1.0 (0.7-1.5)

1.0 (0.5-2.0)

Seule la présence antérieure de SCN dans un quartier (*) a été significativement associée à un risque accru de mammites ultérieures à S. aureus dans ce même quartier.

L´analyse multivariée a fait ressortir, comme attendu, qu´une élévation préalable des CCS était associée à une augmentation du risque d´infection par un germe majeur (tous les germes sont concernés) avec un risque accru de 60 à 100%.

Elle a mis également en évidence un risque deux fois supérieur d´avoir une mammite due à S. aureus dans les quartiers au sein desquels un SCN avait été détecté sur un des 2 prélèvements précédents.

Cependant, en dehors de l´identification de ce facteur de risque de survenue de mammite à S. aureus dans un quartier ayant été antérieurement contaminé par un SCN, et malgré le nombre très important de données collectées et analysées dans cette étude, la puissance de l´étude a été insuffisante pour conclure de façon claire et définitive sur l´effet potentiel des IMM à pathogènes mineurs à favoriser ultérieurement le développement d´IMM à pathogènes majeurs.

 

Au final, bien que cette étude ait été menée, au contraire de nombreuses autres, sur un jeu de données de taille considérable, la relative faible incidence de nouvelles IMM dues à un germe pathogène majeur observée ne permet pas de tirer de conclusion non équivoque sur un éventuel risque accru de développer dans un quartier une mammite à germe pathogène majeur lorsque ce même quartier fut infecté précédemment par Corynebacterium ou un staphylocoque coagulase négative. Seule, l´infection d´un quartier par un SCN apparait être un facteur favorisant d´une mammite ultérieure à S.aureus dans ce même quartier.

 

Référence :
Reyher K.K., Dohoo I.R., Scholl D.T., Keefe G.P.
Evaluation of minor pathogen intramammary infection susceptibility parameters, and somatic cell counts on the development of new intramammary infections with major mastitis pathogens - Journal of Dairy Science, 2012, (95):3766-3780.