Brève Au Coeur du Lait
Mai 2012

 

Les caractéristiques du lait 3 jours post-partum peuvent-elles être un outil fiable pour prédire la lactation à venir ?

L’objectif de cette étude menée aux USA était d’étudier si l’analyse du lait collecté 3 jours post-partum pouvait être prédictif du déroulement de la lactation à venir, notamment en termes de production laitière et de survenue de mammites. Pour ce faire, 130 vaches (52 Holstein, 26 Jersiaises et 52 croisées Jersiaise-Holstein) d’un troupeau ont été sélectionnées : 30% étaient en première lactation, 70% en 2ème lactation et plus. Des prélèvements aseptiques ont été réalisés dans chaque quartier 3 jours post-partum. Chaque prélèvement a fait l’objet d’un CMT (California Mastitis Test), d’un comptage des cellules somatiques (CCS) et d’un comptage différentiel des différents types de leucocytes. Enfin, une bactériologie était réalisée sur chaque quartier (double prélèvement), afin de mettre en évidence des infections par germes pathogènes majeurs et/ou mineurs. Un quartier pour lequel un même isolement de pathogène majeur (quelle que soit la concentration) fut réalisé sur les 2 échantillons réalisés était considéré comme infecté par ce pathogène majeur. Un quartier pour lequel un dénombrement de plus de 100 colonies/mL du même pathogène mineur fut réalisé sur les 2 échantillons réalisés était considéré comme infecté par ce pathogène mineur. La production à 150 jours de lactation était disponible pour chaque animal également.

Pour ce faire, les auteurs ont analysé les données issues de questionnaires remplis par 378 éleveurs (troupeaux de plus de 50 vaches, éleveurs de moins de 57 ans) en début de plan en 2004, et de 204 questionnaires similaires remplis à la fin de ce programme de 5 ans en 2009. Les questions visaient à investiguer le niveau de connaissances des éleveurs sur les mammites (détection, transmission, traitement) et également à décrire leurs perceptions et pratiques actuelles (toujours de la détection au traitement en passant par la prévention). Les évolutions en termes de connaissances, pratiques et attitudes ont été évaluées entre 2004 et 2009 et comparées selon que les troupeaux se trouvaient dans les classes de CCS de lait de tank faibles (<162 000 cellules/mL), modérées (162-205 000 cellules/mL) ou élevées (206 000 et plus cellules/mL).

Il en ressort que :

  • Sur les 130 vaches prélevées : 82 vaches (63%) étaient considérées saines à J3, 31 (24%) infectées par un pathogène majeur (S. aureus principalement) et 17 (13%) infectées par un pathogène mineur (SCN principalement). Parmi ces 130 vaches, 86 (66%) n’ont présenté aucun événement de santé durant leur lactation.
  • La production laitière standard à 150 jours était en moyenne de 23.9 kg/jour +/-7.4 avec un minimum de 0.5 et un maximum de 44 kg/j.
  • L’analyse faite au niveau du statut de la vache (sain ou infecté, quelle que soit la nature de la colonie identifiée suite à la bactériologie) n’indiquait pas de différence significative de niveau de production des animaux selon le résultat obtenu. En revanche, la comparaison faite entre en le niveau de production était significativement abaissé chez les vaches infectées par un pathogène majeur en comparaison aux autres (saines et infectés par un pathogène mineur) : baisse de l’ordre de 2kg/jour sur les 150 jours de lactation pris en compte dans l’étude.
  • Les vaches ayant connu un évènement de santé (majoritairement mammite) avaient également une production plus faible (baisse de 1.5 à 4.2 kg selon le trouble).
  • Les niveaux de production ne différaient pas non plus selon le résultat du CMT, sauf lorsque celui-ci était considéré par quartier et que les 4 étaient au dessus du seuil ,auquel cas la production était affectée.
  • De même, l’analyse faite sur les valeurs des CCS du lait des vaches à 3 jours post-partum (en intégrant plusieurs cut-offs de CCS : 200 000 / 300 000 et 400 000 cellules/mL) ne montrait pas de différence significative sur les niveaux de production laitière des 150 premiers jours de lactation.
  • Toutefois, quand les résultats de CCS au-delà du cut-off (200 000, 300 000 ou 400 000 cellules/mL) étaient analysés non pas globalement à l’échelle de l’animal mais en tenant compte du nombre de quartiers (0,1, 2, 3 ou 4) concernés, une différence significative des niveaux de production laitière des 150 premiers jours de lactation était mise en évidence.
  • Le niveau de production était significativement associé au nombre de neutrophiles mesurés (en pourcentage (>40%) comme en valeur absolue (>150 000/mL)) : baisse de l’ordre de 1.3 à 2.9 kg/j selon le nombre de quartiers concernés.
 

Au final, les résultats de cette étude rapportent que la mesure du pourcentage de neutrophiles dans le lait (ou le nombre absolu de neutrophiles) dans un prélèvement de lait prélevé 3 jours post-partum pourrait être utile pour prédire le déroulement de lactation à venir du point de vue de la production laitière et ce d’autant que la baisse de production est d’autant plus forte que le nombre de quartiers atteint est grand. Cette mesure semble plus fiable que le CMT. Cette mesure reste néanmoins encore pour le moment difficile à obtenir en routine et les résultats devraient être validés dans des scénarii de prévalence différente.

 

Référence :
K.L. Anderson, M.T. Correa, A. Allen, R.R. Rodriguez
Fresh cow mastitis monitoring on day 3 postpartum and its relationship to subsequent milk production - Journal of Dairy Science, 2010, (93):5673-5683