Brève Au Coeur du Lait
Avril 2012

SPECIAL IMPACT SANTE MAMMAIRE

 

Y-a-t-il un effet d´épisodes récurrents de mammites cliniques sur la longévité des vaches ?

L´objectif de cette étude menée aux UA était d´étudier l´impact de différents types de mammites cliniques sur la mortalité et la longévité des vaches Prim´Holstein (sous l´angle de leur réforme) La caractérisation des types de mammites était en lien avec leur étiologie, et les auteurs les ont regroupé en 3 groupes, celles dues.

  • à des germes Gram négatif (Escherichia coli, Klebsiell spp, Citrobacte spp, Enterobacter spp, Pseudomona spp)
  • à des germes Gram positif (Streptococus spp, Staphylococcus aureus, Staphylococcus spp)
  • et à d´autres germes (Arcanobacterium pyogenes, Mycoplasma, Corynebacterium bovis, levures, champignons)

Pour ce faire, les auteurs ont analysé les données issues de plus de 30 000 lactations de vaches en provenance de 7 troupeaux de l´état de New York (moyenne de plus de 11 000 kg/vache et moyenne mensuelle des concentrations en cellules somatiques de 225 000 cellules /mL) : soit 10655 premières lactations et près de 20000 deuxièmes et troisièmes lactations. Les cas de mammite clinique ont été détectés dans la majorité des cas par les trayeurs lors de l´observation à la traite (modification du lait, inflammation mammaire) ou par examen des données de conductivité électrique du lait (> 115% de la moyenne des 10 jours précédents) associé à une baisse brutale de production laitière (< 70% de la moyenne des 10 jours précédents) Les mammites cliniques détectées durant 4 ans ont fait l´objet d´analyses bactériologiques. Lorsqu´un second épisode de mammite survenait dans le même quartier dans les 5 jours après le premier (quelle qu´en soit l´origine) ou dans les 14 jours avec un même agent étiologique détecté, les auteurs ont considéré qu´il s´agissait du même cas de mammite. Un nouvel épisode de mammite clinique survenant plus de 14 jours après un précédent cas a été classé en nouveau cas.

Un traitement standard était mis en œuvre dans chacun des 7 troupeaux (antibactérien, anti-inflammatoire et fluidothérapie en IV ou per os pour les mammites cliniques à Gram positif ou origine autre que Gram positif et Gram négatif, anti-inflammatoire et fluidothérapie en IV ou per os pour les mammites cliniques à Gram négatif). Les vaches étaient ainsi suivies durant les 10 premiers mois de leur lactation, ou jusqu´à leur réforme ou leur mort, ou jusqu´à la fin de la période d´étude. Les analyses ont été conduites séparément sur les primipares et les multipares, les risques de réforme et de mortalité étant différents pour ces catégories, de même que la répartition des différents types de mammites.

Il en ressort que :

  • Le taux de réforme a été en moyenne de 11% des primipares et de 25% des multipares.
  • Le taux moyen de mortalité a été en moyenne de 4% chez les primipares et 8% chez les multipares et la mortalité survenait en moyenne vers 66-69jours de lactation
  • 30% des vaches multipares ont eu au moins un épisode de mammite clinique durant leur lactation contre 16.6% des primipares, avec un ratio quasi 50/50 entre une origine Gram positif et Gram négatif.
  • Les vaches multipares avaient également une incidence plus élevée de deuxième (10.7% vs 3.7%) et troisième cas (4.4% vs 1.1%) en lactation que les primipares.
  • L´occurrence d´une mammite clinique les primipares (quel que soit le germe en cause) augmentait la probabilité de mortalité dans le mois (3.9 fois plus de risque pour une primipare atteinte qu´une sans mammite clinique)
  • Chaque nouveau cas dans un même mois augmentait de façon considérable le risque de mortalité des primipares dans ce même mois (8.2 et 17.1 fois plus de risque respectivement pour une primipare atteinte d´un second ou troisième cas de mammite clinique par rapport à une primipare sans mammite clinique)
  • L´occurrence d´une mammite clinique à Gram négatif chez les multipares augmentait la probabilité de mortalité dans le même mois par rapport aux multipares non atteintes et ce, d´autant plus que le cas observé était le premier ou le second de la lactation en cours (problématique surtout des mammites en peripartum).
  • La réforme était dans tous les cas augmenté chez les animaux ayant eu un ou a fortiori des cas de mammites cliniques. La récurrence avait un effet très marqué notamment chez les primipares et les mammites à Gram-négatif étaient fortement associées à une augmentation du risque de réforme chez les multipares.

 

Au final, les auteurs concluent que la connaissance du pathogène en cause dans des épisodes récurrents de mammite est très utile pour affiner le pronostic. Ainsi, une multipare atteinte de mammite à Gram négatif a plus de risque de mourir précocement que lors d´infection intra-mammaire causée par d´autres bactéries responsables de mammites, et présente un risque plus important de réforme. Cette connaissance du pathogène en cause dans des épisodes récurrents de mammite peut aussi permettre d´orienter si nécessaire un animal vers une réforme précoce.

 

Référence :
Hertl J.A., Schukken Y.H., Bar D., Bennett G.J., Gonzalez R.N., Rauch B.J., Welcome F.L., Tauer L.W., Gröhn Y.T.
The effect of recurrent episodes of clinical mastitis caused by gram positive and gram negative bacteria and other organisms on mortality and culling in Holstein dairy cows - Journal of Dairy Science, 2011, (94):4863-4877.