Brève Au Coeur du Lait Janvier 2011

Quelle prévalence et quelles caractéristiques des souches de S. aureus résistants à la méthicilline (SARM) chez les hommes en contact avec des animaux de rente, les différentes espèces de rente et diverses denrées alimentaires d’origine animale?

Une étude récente menée en Suisse (mars à septembre 2009) a permis d’étudier la prévalence et le cas échéant les caractéristiques moléculaires (dont l’antibiorésistance) des souches de Staphylococcus aureus résistants à la méthicilline (SARM) isolés chez des humains en contact avec ces animaux de rente ainsi que chez différentes espèces d’animaux de rente et dans diverses denrées alimentaires d’origine animale.

 

Pour ce faire, les auteurs ont collecté et analysé les échantillons suivants:

  • 460 écouvillons nasaux prélevés chez respectivement 148 éleveurs de porcs, 179 employés d’abattoirs et 133 vétérinaires.
  • Près de 1700 échantillons prélevés sur des animaux, à savoir des écouvillons nasaux sur 800 porcs, 300 veaux, 400 bovins adultes, et enfin une centaine d’écouvillons prélevés sur des pools de cous de lots de poulets à l’abattoir. Ces prélèvements étaient issus de 830 fermes réparties sur l’ensemble de la Suisse.
  • 460 échantillons prélevés sur des denrées alimentaires d’origine animale (100 lait de tank, 200 fromages au lait cru et 160 morceaux de viande de porc ou de bœuf), ainsi que plus de 140 souches de S. aureus isolées de lait de mammites.

Sur les plus de 2700 échantillons analysés pour recherche de SARM, moins de 1% se sont révélés positifs (20 échantillons). Aucun des 100 échantillons de lait de tank testés n’a été positif vis-à-vis de la présence de SARM.

Les échantillons positifs ont concerné :

  • 4 issus de prélèvements sur l’homme (tous des vétérinaires) (contre des prévalences de plus de 12% parmi des vétérinaires porcins venus assister à un congrès)
  • 2 issus de lait issus de cas de mammites à S. aureus, mais aucun prélèvement issu de fromages (en accord avec des résultats américains récents) ou de viande (ceci étant plus rare dans d’autres études)
  • 10 issus de prélèvements réalisés sur des porcs
  • 4 issus de prélèvements réalisés sur des bovins (3 veaux et 1 adulte).

Parmi l’ensemble des souches isolées, une était présente de façon prépondérante (la souche ST398 correspondait à 18 des 20 échantillons positifs. Au final, les niveaux de prévalence de cette souche sont très différents de ce qui a été rapporté en Hollande: dans l’étude suisse, cette prévalence n’était que de 2.9% pour les troupeaux porcins et 1.6% pour les élevages de veaux alors qu’il atteignait en Hollande dans une autre enquête 81% en troupeaux porcins.

Les auteurs avancent comme possibles explications de la faible prévalence de SARM en Suisse, un usage restrictif et contrôlé des antibiotiques en exploitation, un bon statut sanitaire des troupeaux porcins suisses et un très faible taux d’importation de porcs vivants en Suisse.

Concernant les 20 isolements réalisés dans cette étude suisse :

  • Tous étaient sensibles à la vancomycine et la rifampicine.
  • Tous étaient résistantes aux 4 bétalactames testées (ampicilline, oxacilline, pénicilline et céfoxitine)
  • Près des 75% étaient résistants aux tétracyclines et à l’érythromycine et la clindamycine
  • Enfin, deux souches étaient résistantes à la gentamycine et une à la ciprofloxacine.

Au final, la faible prévalence de SARM retrouvée dans cette étude laisse supposer pour le moment en Suisse un risque de transmission à l’homme limité. Ceci renforce la nécessité de règles de biosécurité drastiques (notamment en regard de l’introduction d’animaux) en plus des mesures de santé publique vétérinaires (comme l’usage raisonné aux antibactériens).


 

Référence :
Huber H, Koller S, Giezendanner N, Stephan R, Zweifel C. : Prevalence and characteristics of methicillin resistant Staphylococcus aureus in humans in contact with farm animals, in livestock, and in food of animal origin.- Euro Surveill. 2010 Apr 22;15(16)