Brève Au Cour du Lait Septembre 2006

Mammites à Staphylococcus aureus : un traitement délicat

Staphylococcus aureus est l’un des agents pathogènes isolés le plus fréquemment lors de mammites cliniques aussi bien aux Etats-Unis qu’en Europe. Le traitement de l’infection est souvent décevant du fait du portage chronique au niveau de la mamelle soit au niveau de tissus cicatriciels soit sous forme de micro-abcès dans le parenchyme. Cependant, les résultats sont variables selon qu’il s’agit d’une souche ß-lactamases négative ou positive, la résistance aux pénicillines de ces dernières les rendant plus difficiles à éliminer. Partant de ces connaissances, et au vu du manque de données sur le sujet, cette étude néerlandaise se propose d’étudier les facteurs contribuant à la guérison bactériologique d’une mammite clinique à S. aureus.

 

De nombreuses données disponibles

Au total, 100 exploitations comptant de 35 à 90 vaches produisant entre 6 200 et 9 500 kg de lait par an ont participé à l’étude. 958 vaches en lactation ayant présenté une mammite clinique ont été incluses dans le protocole. L’enregistrement des symptômes est accompagné de l’établissement d’un score clinique. L’aspect visuel du lait est également pris en compte. Un échantillon est prélevé avant la mise en place du traitement. Les vaches présentant une atteinte de plus d’un quartier ont été exclues de l’étude, de même que celles ayant reçu un traitement antibiotique dans les 14 jours précédents, ou ayant présenté une maladie intercurrente ou une lésion d’un trayon.

Au cours de cet essai en double aveugle, 5 traitements standards ont été utilisés, incluant tous 3 injections intra-mammaires à 12 heures d’intervalle, ce protocole initial étant susceptible d’être prolongé par l’éleveur si nécessaire (par voie intra-musculaire ou diathélique). Un contrôle clinique est réalisé 7 et 14 jours après l’arrêt du traitement et un prélèvement de lait permet la réalisation d’un comptage cellulaire et d’un antibiogramme sur la souche préalablement isolée.

Des résultats prévisibles

- 159 mammites à S. aureus ont été diagnostiquées. Les vaches atteintes présentent un rang de lactation moyen de 3,9. Les cas interviennent précocement avec un stade de lactation moyen de 63 jours. Une guérison bactériologique a été observée dans 52% des cas au total, les souches ß-lactamases négatives se traitant plus facilement.

- 65% des mammites à S. aureus sont causées par des souches ß-lactamases négatives. Celles-ci interviennent plus précocement dans la lactation (<20 j) et leur probabilité de guérison atteint 65 %.

- Les infections provoquées par des souches ß-lactamases positives sont observées sur des vaches plus âgées et plus tardivement en lactation. Ce profil laisse supposer une adaptation de la souche par acquisition de résistance ou une augmentation progressive de la prévalence des souches résistantes au sein du troupeau. L’évolution chronique observée classiquement a de nouveau été constatée, la probabilité de guérison bactériologique se révélant très faible (29%).

- Les vaches présentent une chute d’appétit et de production laitière, sans hyperthermie. Une augmentation du comptage cellulaire préalable au diagnostic est de règle. Aucune différence, ni sur le plan clinique ni sur l’aspect ou la quantité de lait produite, n’a été mise en évidence entre les différentes souches. Enfin, la sévérité des symptômes ne présage aucunement de la réussite du traitement.

- L’allongement du temps de traitement augmente significativement le taux de guérison, mais uniquement lorsqu’il s’agit d’une souche ß-lactamases négative. L’utilisation de la voie intra-musculaire en plus de la voie diathélique n’est pas utile sauf si la durée globale du traitement est augmentée.

Sur le plan pratique, la probabilité de guérison sera maximale chez une vache jeune présentant un comptage cellulaire faible avant l’infection par une souche ß-lactamase négative et recevant un traitement d’au moins cinq jours. L’intérêt d’un test ß-lactamase revêt ici son importance pronostique tant au plan individuel que collectif, le nombre de souches différentes circulant au niveau d’un cheptel étant toujours relativement faible.

 

Référence :

SOL J. and coll.: Factors associated with cure after therapy of clinical mastitis caused by Staphylococcus aureus. J. Dairy Science, 2000. 83, 278-84.