Brève Au Coeur du Lait
Decembre 2011

Quelles sont les freins vis-à-vis de la mise en œuvre de mesures pour réduire les boiteries en élevage bovin laitier ?

 

  • En premier lieu, l’estimation de la prévalence de vaches boiteuses par l’éleveur était demandée (approche quantitative) ainsi qu’une appréciation qualitative globale de l’importance perçue par l’éleveur du problème de boiterie dans son élevage (mineur, modéré, majeur). Ces données étaient ensuite confrontées à un « gold standard » : l’observation par les enquêteurs de la locomotion de toutes les vaches en lactation (sur la base de grilles classiques, faisant notamment une dichotomie entre boiteries légères et sévères).
  • Dans un deuxième temps, les freins et barrières des éleveurs vis-à-vis de la mise en œuvre de mesures de maîtrise ont été investigués via un questionnaire semi ouvert, où les différentes contraintes potentielles (temps, travail, coût, pénibilité….) ont été abordées.

Il en ressort les principaux éléments suivants

  • Seulement 3 éleveurs sur 222 ont estimé la fréquence des boiteries plus grande que les observateurs. Dans la quasi-totalité des cas, la prévalence réelle observée par les investigateurs (moyenne de 36%) était largement sous-estimée par les éleveurs (moyenne de 7%) !!
  • La sous-estimation du nombre de vaches boiteuses était d’autant plus grande que le nombre de vaches du troupeau augmentait et/ou que le nombre d’UTH/diminuait (à nombre de vaches égal)
  • 45% des éleveurs ont estimé le problème de boiteries dans leur élevage comme modéré et 26% comme majeur, pour une prévalence moyenne de 36%.
  • Les raisons invoquées de ne pas mettre en œuvre de plans de maîtrise étaient :
    • La perception d’autres maladies plus importantes et pénalisantes (mammites principalement). Pour autant, la connaissance de tous les postes potentiellement affectés par les boiteries ne semble pas perçue de façon homogène et l’estimation des pertes engendrées très sous-estimée (estimation variant de 0,62 livres sterling à 160 livres sterling par vache/an !!)
    • L’obligation que l’élevage « tourne » (la vache doit faire un veau coûte que coûte, et du lait)
    • Les difficultés (temps, travail, praticité », investissement) liés à la mise en place de plans de maîtrise (pédiluve principalement)*
  • Enfin, les éleveurs rapportaient être finalement peu informés sur cette problématique de boiterie et faisait le constat d’un manque d’encadrement/conseil

 

Au final, l’estimation par l’éleveur laitier lui-même de la gravité (en termes de fréquence et/ou de gravité des atteintes) du problème de boiterie était quasi systématiquement largement sous-estimée. Les conséquences néfastes des boiteries sur le fonctionnement de l’élevage dans sa globalité n’étaient pas forcément toutes perçues par les éleveurs qui avancent des contraintes principalement de temps et de pénibilité des mesures à mettre en œuvre (en plus de leur coût) comme frein majeur à leur implémentation. Ces aspects plus sociologiques que techniques doivent être pris en considération dans l’élaboration des solutions de maîtrise.

 

Référence :
Leach KA, Whay HR, Maggs CM, Barker ZE, Paul ES, Bell AK, Main DCJ :
Working towards a reduction in cattle lameness: 1. Understanding barriers to lameness control on dairy farms. - Research in Veterinary Science. 89 (2010), 311-317