Brève Au Coeur du Lait Novembre 2010

Le GMQ en première saison de pâture est-il un critère pertinent pour décider la mise en œuvre d’un traitement contre les strongles digestifs sur les génisses en première saison de pâture?

L’objectif de cette étude menée en Suède était d’évaluer la pertinence de la mesure du gain moyen quotidien en première saison de pâture pour décider la mise en œuvre de traitement, sélectif si possible, à l’aide de strongylicides.
Pour ce faire, les auteurs ont utilisé les données issues du suivi du plusieurs années de lots de génisses en première saison de pâture, sujets à différents niveaux de contrôle du parasitisme, et ayant accès à au moins 20 semaines de pâturage avant la rentrée en stabulation. Toutes les 3 à 4 semaines, les génisses étaient soumises à une pesée ainsi qu’un prélèvement fécal pour comptage des œufs de parasites et un prélèvement de sang pour mesure du pepsinogène plasmatique et du taux d’anticorps anti-Ostertagia (ELISA).

 

Il en ressort principalement que :

  • S’il y a une bonne corrélation entre le GMQ en milieu-fin de saison de pâturage et le GMQ en stabulation, et donc que le GMQ de milieu de pâturage est un bon indicateur des performances futures, il n’y a que peu de corrélations entre le GMQ en début de saison de pâture et le GMQ final en stabulation, laissant présager un impact autre que celui uniquement des strongles.
  • Néanmoins, les génisses soumises à la plus forte pression parasitaire présentaient un GMQ plus faible (de l’ordre de 200g/j)
  • Une augmentation brutale et intense du nombre d’œufs de parasites était observé entree4 et 6 semaines après la mise en pâture.
  • Les valeurs maximales de pepsinogène étaient observées en milieu de saison de pâture, tandis que le taux d’anticorps anti-Ostertagia augmentait plus lentement et atteignait les valeurs maximales autour de la rentrée en stabulation.
  • Le nombre moyen d’œufs de trichostrongles, la concentration de pepsinogène plasmatique et le taux d’anticorps anti-Ostertagia étaient plus élevés chez les animaux à moindre performance de croissance.
  • Les auteurs ont testés différents seuils de GMQ pour décider la mise en oeuvre du traitement, la pertinence de ce traitement étant jugé par ailleurs sur le niveau de parasitisme des animaux avant et après traitement. Au seul retenu d’un GMQ inférieur à 750g/j en mi saison de pâture, la sensibilité et la spécificité étaient respectivement de 70% et 50% C'est-à-dire qu’en se basant sur ce niveau, 70% des animaux infestés étaient traités, mais près d’un bovin sur deux traité n’était que peu ou pas parasité. A ce seuil, un risque de sur-traitement est donc observé (50% des animaux sains traités), tandis qu’un bovin sur 3 pour lequel un traitement serait pertinent n’est pas traité.

Au final, le GMQ de milieu de pâturage est un bon indicateur des performances futures et la charge parasitaire des génisses en première saison de pâture peut être un facteur explicatif de dégradation de GMQ. Cette dégradation peut être utilisée pour décider de la mise en œuvre d’un traitement antiparasitaire. Les seuils à utiliser restent cependant à déterminer, notamment en regard des systèmes et du risque accepté/acceptable de sur-traitement (manque de spécificité). Les seuils seront à fixer selon que l’on privilégie la sensibilité (traitement à coup sûr de tous les animaux infestés) ou la spécificité (volonté d’éviter un sur-traitement), l’un se faisant le plus souvent au détriment de l’autre.
Les données ayant été produites dans le cadre d’un essai pilote, des études complémentaires sont nécessaires afin de confirmer les résultats dans des conditions d’élevages variées et afin d‘investiguer les facteurs de confusion potentiels (race, météo…)


 

Référence :
Höglund J, Morrison DA, Charlier J, Dimander SO, Larsson A. : Assessing the feasibility of targeted selective treatments for gastrointestinal nematodes in first-season grazing cattle based on mid-season daily weight gains -Veterinary Parasitology. 2009 Sep 16;164(1):80-88.