Brève Au Cour du Lait Octobre 2007

Etiologie des mammites bovines en France entre 2005 et 2007.

Cette étude terrain de grande ampleur s'est intéressée à l'étiologie et secondairement à l'antibiosensibilité des bactéries responsables de mammites cliniques et subcliniques en France.

Voir le poster.

 

Matériel et méthodes

90 vétérinaires français (issus de 38 départements français différents) ont envoyé 618 prélèvements de lait pour analyse bactériologique complète entre novembre 2005 et juillet 2007, suite à une mammite clinique ou subclinique (environ 50% de chaque type de mammites). Plus de 90% de ces prélèvements ont été analysés dans le même laboratoire départemental (LDA 35), les autres échantillons étant systématiquement analysés dans un autre laboratoire départemental (LVD 85, LVD 79, LVD 49.). Les prélèvements ont généralement été réalisés par les éleveurs eux-mêmes. Une fiche de commémoratifs accompagnait chaque prélèvement. Des antibiogrammes ont été réalisés pour 37 isolats bactériens. 

Résultats

Des bactéries ont été isolées dans 464 prélèvements (75%). 5 cultures (soit moins de 1%) se sont révélées contaminées (3 pathogènes différents ou plus). 48 prélèvements (8%) contenaient deux pathogènes. 512 pathogènes ont été identifiés, appartenant à 24 espèces principales. 70% des isolats appartiennent à seulement 4 espèces bactériennes (en englobant les différents staphylocoques coagulase négative sous la même entité).
Le pathogène le plus fréquemment isolé est Streptococcus uberis (25% des isolats), suivi par Escherichia coli (18%) puis les Staphylococcus spp. à coagulase négative -SCN- (14%) et Staphylococcus aureus (13%) (cf. fig. 1).

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Figure 1: Etiologie des mammites bovines en France

Notons ensuite la présence non négligeable des autres entérobactéries (9%), dont 5% du genre Klebsiella.
De rares levures (genre Candida) et algues (Prototheca) ont été isolées (moins de 2% des isolats). Aucun mycoplasme n'a été isolé alors qu'ils étaient recherchés en routine.

La sensibilité des souches aux principaux anti-infectieux utilisés en prévention et traitement des mammites a pu être testée pour E. coli (18 isolats) et S. uberis (9 isolats). L'antibiosensibilité a également été mesurée sur les 37 souches de germes majeurs isolés (Streptococcus uberis, Streptococcus dysgalactiae, Staphylococcus aureus et les entérobactéries).
Seules la cefquinome et la céfazoline présentaient une sensibilité de 100% sur toutes les souches testées de germes majeurs. Les 37 souches ont été testées vis-à-vis de la cefquinome, tandis que seulement 23 l'ont été pour la céfazoline (Gram + principalement).
Pour les 18 souches d'E. coli testées, un taux de sensibilité de 100% a été constaté pour les céphalosporines de troisième et quatrième génération ainsi que la colistine (cf. fig 2).

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Figure 2 : Antibiosensibilité d'Escherichia coli

Ensuite on retrouve la gentamicine (89% soit 2 souches résistantes) et la marbofloxacine (82% soit 3 souches résistantes). L'association amoxicilline + acide clavulanique et la céfalexine ne présentaient respectivement que 61 et 60% de sensibilité face à E. coli.
Les taux de sensibilité vis-à-vis de Streptococcus uberis sont globalement meilleurs que pour E. coli, mis à part pour la gentamicine (22% de souches sensibles), la spiramycine (40%) et l'oxacilline/cloxacilline (44%).

Discussion

On retrouve dans cette étude la grande variété de germes potentiellement responsables de mammites chez la vache (Gram + et Gram-), ainsi que la prédominance de germes d'environnement (notamment Streptococcus uberis et les entérobactéries, avec en tête E. coli).
La bactériologie est donc un outil très utile pour le diagnostic précis des infections mammaires, pour la mise en place de protocoles de soins adaptés et les mesures sanitaires et prophylactiques spécifiques. En son absence, l'utilisation d'un antibiotique à large spectre notamment actif sur les entérobactéries est préconisée.

Le taux de cultures stériles est élevé et s'explique par le nombre important (environ la moitié) de prélèvements sur mammites subcliniques, qui donnent plus fréquemment des résultats négatifs.
Il est intéressant de noter que le fait que les éleveurs réalisent eux-mêmes le prélèvement n'entraîne pas de contamination majeure des prélèvements (moins de 1% des prélèvements).

Les résultats de cette enquête nationale sont très proches de l'étude de Bradley et al., réalisée en Grande-Bretagne sur 606 isolats et publiée en début d'année [1] (cf. fig. 3).

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Figure 3 : Antibiosensibilité d'Escherichia coli

Cette observation tend à montrer que les pathogènes impliqués dans les mammites en France sont les mêmes et possèdent la même fréquence d'isolement qu'en Grande-Bretagne.

Référence :
Bidaud et al.: Etiologie des mammites bovines en France entre 2005 et 2007. Journée Bovine Nantaise. 2007, 121-122

A. J. Bradley, K. A. Leach, J. E. Breen, L. E. Green, M. J. Green. : Survey of the incidence and aetiology of mastitis on dairy farms in England and Wales.Vet. Record (2007) 160, 253-258