Brève Au Coeur du Lait Septembre 2010

Mycoplasma bovis chez les bovins : signes cliniques, diagnostic et contrôle 

Certains auteurs estiment qu’environ ¼ à 1/3 des pertes totales liées aux maladies respiratoires chez lez bovins, estimées en Europe à environ 580 millions d’€, peuvent être attribuées à M. bovis. Aux USA, où les conséquences néfastes de M. bovis s’expriment surtout à travers de mammites, on estime les pertes liées à près de 110 millions de dollars.

 

Cette bactérie est introduite dans les élevages indemnes à la faveur de l’introduction d’un bovin porteur cliniquement sain le plus souvent. Son éradication est extrêmement difficile, d’autant que les profils d’expression clinique peuvent être aussi bien dramatiques (forte morbidité et mortalité) que quasi inapparents. Les animaux porteurs peuvent excréter M. bovis (via le tractus respiratoire) sur plusieurs mois voire années. Les animaux peuvent contracter l’infection via plusieurs voies: respiratoire bien sur mais également via le canal du trayon et également le tractus génital. M. bovis est peu résistant dans l’environnement (tout de même 2 semaines dans l’eau), et l’environnement n’est pas considéré comme une source majeure de contamination. Le risque de transmission par la semence existe également, cette infection pouvant, si elle remonte chez le mâle, entrainer une orchite et altérer la qualité du sperme. M. bovis est retrouvé dans les poumons de veaux atteints de pneumonie dans 15 à 35% des cas au minimum. Si le rôle de M. bovis (agent initiateur, favorisant, primaire) ne semble pas faire consensus, il doit néanmoins être considéré comme un agent majeur de maladie respiratoire chez les bovins.
Concernant les différents tableaux cliniques possibles, l’infection des bovins par M. bovis peut être à l’origine de pneumonies chez le veau, d’infections intra-mammaires (surtout décrites pour le moment en Amérique du nord, même si de plus en plus de descriptions se font jour en Europe), d’arthrites (souvent syndrome pneumonie-arthrite), d’avortements et de kératoconjonctivites. Le tableau clinique le plus fréquent chez nous est la forme respiratoire chez le veau qui se caractérise par une forte morbidité, une mortalité pouvant dépasser les 10%, et surtout des formes chroniques et récidivantes, ne répondant que moyennement aux traitements antibiotiques, aboutissant à des non valeurs économiques, porteurs chroniques.
Les signes cliniques et lésions nécropsiques n’étant pas pathognomoniques de l’infection par M. bovis, le diagnostic fait appel à des techniques de laboratoire. Parmi celles-ci, la sérologie par méthode ELISA, qui, si elle a l’avantage de se réaliser simplement sur sang, a pour inconvénient un manque de spécificité (du fait de réactions croisées avec d’autres espèces de mycoplasmes). Son utilisation à l’échelle d’un lot est néanmoins pertinente, de même que pour s’assurer en troupeau indemne de ne pas introduire d’animal infecté. L’ELISA sur lait est également utile en situation de test-réforme en troupeau fortement infecté. Pour l’identification directe de M. bovis, culture et PCR sont les deux méthodes dominantes, le prélèvement étant dépendant de la forme clinique (liquide d’ATT par exemple lors de pneumonie, lait lors de mammites, écouvillon oculaire lors de kératoconjonctivite). Les cultures lors de cas de bronchopneumonies chroniques peuvent revenir infructueuses.

Concernant l’efficacité des antibactériens, souvent décevante, elle est tributaire non seulement de la précocité de la mise en œuvre du traitement, mais également des résistances acquises, rapportées pour des souches européennes vis-à-vis des tétracyclines, de la tilmicosine et de la spectinomycine notamment. Si les fluoroquinolones semblent souffrir de peu de résistances, leur utilisation en première intention est à proscrire en situation d’antibiothérapie raisonnée.
Pour toutes ces raisons, la prévention joue un rôle central. Aucun vaccin efficace n’étant actuellement disponible en Europe (malgré des essais expérimentaux parfois prometteurs), la prévention passe principalement par des mesures hygiéniques afin de prévenir l’introduction et la diffusion intra-troupeau. Des mesures tout plein – tout vide, lorsque possible sont à privilégier, de même que la maîtrise des facteurs de stress et d’ambiance.

 

Référence :
R.A.J. Nicholas, R.D. Ayling : Mycoplasma bovis: disease, diagnosis and control -Research in Veterinary Science, 2003. 74: 105-112.