Brève Au Coeur du Lait Juillet 2010

Pratiques d’élevages et performances des génisses laitières: état des connaissances et perspectives.

L’objectif de cette revue de la littérature est de faire le point sur les connaissances actuelles concernant l’élevage des génisses, notamment eu égard à l’impact des conditions d’élevage sur l’âge au premier vêlage. En d’autres termes, comment optimiser les différentes étapes de croissance des génisses afin d’arriver dans les meilleures conditions pour la première lactation et une carrière la plus longue possible dans les deux systèmes « classiques » respectivement du vêlage précoce à 24 mois (en Prim’Holstein par exemple) et plus tardif à 36 mois (en normande par exemple). Concernant le vêlage à 24 mois, bien que le message de son intérêt soit connu depuis longtemps, les chiffres rapportent depuis plusieurs années un âge au premier vêlage moyen en Holstein plus proche des 29-30 mois. Les auteurs abordent ainsi dans sa revue mes différentes étapes d’élevages des génisses.

 

Pour chaque étape, les points clés sont les suivants :

1- Influence des conditions de vie fœtale

  • Bien qu’aucun consensus ne se dégage, sur l’existence d’une relation entre nutrition des mères en phase de gestation et performances de reproduction des filles, il semble évident qu’une couverture correcte des besoins en cours de gestation s’avère indispensable.

2- Avant le sevrage :

  • Les auteurs insistent sur l’importance cruciale d’une prise précoce d’un colostrum de qualité (ingestion nécessaire de 200 g d’Ig les 24 premières heures, via 4 litres de colostrum dont 2 litres dans les 6 premières heures, à adapter bien sûr selon le gabarit du veau) et rappellent les facteurs de variation quantitatifs et qualitatifs du colostrum (durée de tarissement, race et âge)
  • Le critère du doublement du poids de naissance est un critère pertinent minimum pour choisir le moment du sevrage. Il est souhaitable que les veaux au moment du sevrage consomment déjà 2 kg MS/j. L’apport de substances solides peut se faire très tôt, l’objectif étant de favoriser le développement des papilles ruminales tout en apportant l’énergie nécessaire à la croissance. Le niveau d’aliments cellulosiques et de concentrés  consommés varie selon leur qualité ; il est important de veiller à un équilibre : les aliments cellulosiques favorisent le développement de la musculeuse des pré-estomacs et les concentrés fermentescibles la croissance papillaire. La mise au pâturage dès 15 jours d’âge de veaux allaités, complémentés, disposant de foin à volonté et ayant accès à un abri est possible (performances comparables en première année et croissance compensatrice élevée).

3- Entre le sevrage et la mise à la reproduction

  • L’âge à la puberté est bien plus lié au développement corporel de l’animal qu’à son âge. Ainsi une puberté précoce peut être atteinte avec un sevrage précoce et une ration à haut niveau de concentrés.
  • Des retards de croissance provoqués par la présence de parasites peuvent retarder l’âge d’apparition de la puberté
  • Les races à croissance rapide (PH) ont ainsi une précocité sexuelle plus grande que d’autres races à croissance plus lente (Normande, Montbéliarde).
  • La fertilité augmente parallèlement au numéro d’œstrus. Néanmoins, il peut être pénalisant de mettre trop tard à la reproduction des génisses PH (puberté précoce et croissance soutenue) car leur fertilité diminue après 2 ans. Une fertilité des nullipares  peut être jugée normale pour des taux de réussite à la première IA de 60%.
  • Une insuffisance de couverture des apports peut aller jusqu’à l’anoestrus prolongé.
  • Le flushing (+2 UFL/j) pendant les 2 ou 3 semaines précédant et suivant l’IA est justifié sur des animaux en mauvais état (notre d’état d’engraissement <2) mais peut être pénalisant sur des animaux en bon état (NE >3)

4- De la mise à la reproduction à la réforme

  • Globalement, les animaux trop maigres ou trop gras ont davantage de troubles péripartum (dystocies, rétentions placentaires).
  • La perte d’état post-partum est le facteur clé du taux de réussite à l’IA1 chez la primipare.
  • L’hypothèse qu’une croissance très forte (> 1kg.j) avant puberté soit sans conséquence sur la longévité des animaux semble plausible, mais cela est à modérer selon la durée et la nature de la ration administrée dans la période de forte croissance.

De façon générale, l’optimisation du coût de production des génisses passe par une valorisation maximale du pâturage, y compris en système intensif, avec une bonne maîtrise du risque parasitaire.
Le choix de l’âge au premier vêlage (24,30 ou 36 mois) doit être raisonné en fonction du système fourrager, du type d’animaux et les « itinéraires techniques » retenus dans une exploitation doivent être en cohérence avec ce choix.
Les travaux actuels portent sur l’étude de la faisabilité de vêlage très précoce (20-21 mois), l’identification de périodes propices à une moindre croissance (en regard des disponibilités de fourrages notamment) en comptant sur une croissance compensatrice ultérieure, les modalités optimales de cette compensation étant encore à déterminer
.

Exemple de trajectoires de croissance rapportées par les auteurs

Pour un vêlage à 24 mois, viser:

  • 200 kg à 6 mois, une croissance élevée (900g/j) ayant un effet bénéfique sur le développement de la génisse et sa longévité
  • 400 kg à 15 mois avec un GMQ d’environ 750g/j entre 6 et 15 mois, en comptant parfois sur de la croissance compensatrice
  • 600 kg au premier vêlage, avec un GMQ toujours de 750 g/j afin d’éviter les troubles péri-partum tout en optimisant le démarrage de la lactation et sa poursuite

Pour un vêlage tardif à 36 mois

  • Tenter d’obtenir une croissance élevée (900g/j) entre 4 et 6 mois d’âge afin d’assurer un développement correct et une longévité satisfaisante
  • Puis avoir une croissance modérée (500g/j) jusqu’au dernier tiers de gestation, pour éviter un engraissement excessif, et compenser les éventuelles carences en fin de gestation.
 

Référence :
Y. Le Cozler, J.R. Peccatte, J.Y Porhiel, P. Brunshwig, C. Disenhaus : Pratiques d’élevages et performances des génisses laitières: état des connaissances et perspectives - INRA productions animales, 2009, 4: 303-316.