Brève Au Coeur du Lait Juin 2011

Certains staphylocoques coagulase négative affectent la santé mammaire plus que d’autres.

 

L’objectif de cette étude menée en Belgique (Région flamande) était d’investiguer de façon plus détaillée l’épidémiologie des infections intra-mammaires dues à des staphylocoques coagulase négatives (SCN). En effet, lors d’infections intra mammaires, ces germes sont très souvent considérés comme les plus prévalents, notamment chez les primipares. Cependant, aucun consensus réel n’existe sur leur pouvoir pathogène strict ou leur impact en termes de santé de la mamelle. La raison pourrait en être l’existence d’une différence de pathogénicité des différentes espèces.

 

Pour cette étude, 3 élevages ont été recrutés (53 vaches en moyenne, production de l’ordre de 10000 kg et moyenne cellulaire de troupeau de 177500 cell/mL). En cas de mammite clinique, les éleveurs devaient réaliser un prélèvement aseptique de lait. Dans chaque ferme, une cohorte de 25 vaches ont été choisies aléatoirement (en appariant primipares, seconde, troisième lactation et plus). Lorsqu’une vache était réformée, elle était remplacée par une vache de même parité. Au final, 89 vaches ont contribué aux données de l’étude, chaque vache ayant été prélevée en moyenne 10 fois. Les vaches ont été ainsi prélevées mensuellement durant une période de 13 mois.
Les différentes souches de SCN ont été identifiées (dans les prélèvements mensuels et éventuellement lors de mammite clinique) à l’aide de méthode PCR. Une mammite a été considérée provoquée par des SCN, lorsque les résultats de culture sur prélèvement de lait de quartier atteint ont donné des valeurs supérieures ou égales à 1000 cfu/mL sur un prélèvement ponctuel ou supérieures ou égales 500 cfu/mL sur deux prélèvements consécutifs.
Au final, sur les 89 vaches prélevées et 3064 quartiers analysés, 665 ont été considérés infectés. Les germes en cause sont résumés dans le tableau ci-dessous.

Germe en cause dans la mammite

n

Implication dans les mammites (%)

Implication dans les mammites à SCN (%)

Staphylococcus aureus

48

6.9

 

Corynebacterium bovis

383

55.3

 

SCN

179

25.8

 

S. chromogenes

83

12.0

46.4

S. xylosus

28

4.0

15.6

S. cohnii

20

2.9

11.2

S. simulans

17

2.5

9.5

S. hemolyticus

11

1.6

6.1

S. fleurettii

6

0.9

3.4

S. devriesei

5

0.7

2.8

S. sciuri

3

0.4

1.7

S. epidermidis

1

0.1

0.6

S. equorum

1

0.1

0.6

S. hyicus

1

0.1

0.6

S. pasteuri

1

0.1

0.6

SCN non identifié

2

0.3

1.1

Autres pathogènes

83

12.0

 

Dans cette étude, aucun SCN n’a été identifié lors de mammite clinique. S. chromogenes, xylosus, cohnii et simulans ont été les espèces de CSN les plus fréquemment isolées lors d’infection intra mammaire subclinique. On note un effet troupeau, quant à la répartition des espèces de SCN, conformément à ce qui a été pu être indiqué dans d‘autres études récentes. L’impact des SCN sur les élévations de comptages en cellules somatiques est variable selon les espèces. Les infections dues à S. chromogenes, simulans et xylosus ont été associées à des élévations de concentrations en cellules somatiques (CCS) comparables à celles observées lors d’infection intra-mammaires à S. aureus.
En outre, parmi les infections intra-mammaires persistantes, si tous les SCN ont pu être identifiés, S. chromogenes a été le plus fréquemment identifié.
Les résultats observés sont conformes à ceux obtenus dans d’autres études de la littérature notamment sur l’aspect « prévalent » de S. chromogenes, simulans et xylosus. Des divergences existent sur la prévalence des autres SCN, probablement en lien avec des formes épidémiologiques propres aux troupeaux étudiés.

Au final, la répartition variable des espèces de SCN retrouvées entre troupeaux, ainsi que leur effet différencié en termes de santé mammaire (CCS, persistance plus ou moins longue) nécessite, a minima dans le cadre d’études épidémiologiques, de les différencier à l’aide de méthode de biologie moléculaire. Néanmoins, S.chromogenes, xylosus et simulans semblent les espèces les plus prévalentes et donc les plus importantes à étudier dans de futurs travaux.

 

Référence :
Supré K, Haesebrouck F, Zadoks R. N, Vaneechoutte M , Piepers S, De Vliegher S. : Some coagulase-negative Staphylococcus species affect udder health more than others -Journal of Dairy Science, 2011, (94):2329-2340.