Brève Au Coeur du Lait
Mai 2012

 

Quel a été l’impact d’un plan de contrôle national des mammites aux Pays-Bas sur les attitudes et comportements des éleveurs ?

L’objectif de cette étude menée aux Pays-Bas était d’évaluer l’impact qu’avait eu la mise en œuvre d’un plan de contrôle à l’échelle nationale des infections intra-mammaires lancé en 2004 à destination de plus de 17 000 éleveurs comprenant des modules d’information/formation portant sur le diagnostic, la prévention et le traitement. L’objectif était d’évaluer l’effet de ce plan sur le niveau de connaissances, les attitudes et les comportements des éleveurs vis-à-vis de la gestion des mammites et également d’évaluer si des effets positifs étaient détectables en termes de concentrations en cellules somatiques (CCS).

Pour ce faire, les auteurs ont analysé les données issues de questionnaires remplis par 378 éleveurs (troupeaux de plus de 50 vaches, éleveurs de moins de 57 ans) en début de plan en 2004, et de 204 questionnaires similaires remplis à la fin de ce programme de 5 ans en 2009. Les questions visaient à investiguer le niveau de connaissances des éleveurs sur les mammites (détection, transmission, traitement) et également à décrire leurs perceptions et pratiques actuelles (toujours de la détection au traitement en passant par la prévention). Les évolutions en termes de connaissances, pratiques et attitudes ont été évaluées entre 2004 et 2009 et comparées selon que les troupeaux se trouvaient dans les classes de CCS de lait de tank faibles (<162 000 cellules/mL), modérées (162-205 000 cellules/mL) ou élevées (206 000 et plus cellules/mL).

Il en ressort que :

  • Le niveau moyen de base en termes de CCS de tank reste inchangé sur la période : 187 000 en 2004 contre 194 000 cellules/mL en 2009.
  • Un des points clé à prendre en compte sur la période est l’agrandissement du troupeau (88 vs 78 vaches 5 ans plus tôt). La charge de travail supplémentaire est d’ailleurs ressentie comme l’aspect le plus néfaste entre ces deux périodes.
  • Cependant durant cette période, par rapport aux données générales sur la maîtrise des mammites, on note une amélioration globale des connaissances (jugée satisfaisante par les éleveurs de 37% en 2004 contre 53% en 2009), amélioration constatée aussi lorsqu’on interroge les éleveurs sur la connaissance des causes de mammites (37% contre 25% 5 ans plus tôt), de l’importance à se focaliser sur l’hygiène de traite en cas d’infections dues à S. aureus (84% vs 76% 5 ans plus tôt) et les éleveurs ont déclaré utiliser plus fréquemment internet pour obtenir des informations (25% vs 8% 5 ans plus tôt).
  • De réels changements dans les attitudes et comportements des éleveurs ont eu lieu durant cette période :
    • Ainsi, le seuil moyen retenu par les éleveurs pour considérer qu’il y a un problème de CCS de tank a diminué de 14 000 cellules/mL, passant de 285 000 cellules/mL en 2004 à 271 000 cellules/mL en 2009.
    • On note une utilisation plus fréquente (7% en 2004 vs 34% en 2009) d’un traitement standard en cas de mammite, spécifique au troupeau.
    • Les éleveurs prennent davantage en compte les index cellules dans le choix des taureaux (46% en 2004 vs 61% en 2009)
    • Ils sont beaucoup plus nombreux à utiliser des gants lors de la traite (15% en 2004, 46% en 2009).
    • Ils sont davantage attentifs au curage/nettoyage des aires de vies avec une augmentation de sa fréquence (passage de 2,28 à 2,5 fois/j entre 2004 et 2009)
    • Ils réalisent plus fréquemment un traitement antibiotique systématique au tarissement (5% en 2004) vs 94% en 2009).
    • Plus étonnamment, on note une baisse du pourcentage d’éleveurs cherchant à empêcher les vaches de se coucher juste après la traite (56% en 2004 vs 46% en 2009), d’éleveurs ayant recours à l’élimination systématique des premiers jets (33% en 2004 vs 27% en 2009).
  • Ces évolutions n’étaient pas globalement différentes selon les groupes de CCS mais les éleveurs appartenant au groupe initial de CCS élevées ont vu leur valeur annuelle de CCS diminuer en moyenne de 15 000 cellules/mL.
  • L’analyse de régression a montré que la diminution des CCS de tank était liée à une modification des connaissances et des attitudes des éleveurs.
 

Au final, même si le niveau de moyenne annuelle du lait de tank en cellules somatiques est resté inchangé entre 2004 et 2009, avec en parallèle une augmentation moyenne de 10 vaches par troupeau sur cette période, les résultats de cette étude semblent confirmer que la mise en œuvre d’un plan de lutte à l’échelle nationale a entraîné des modifications se traduisant par une amélioration des connaissances et des attitudes des éleveurs vis-à-vis de la gestion des mammites.

 

Référence :
J. Jansen, G. Van Schaik, R.J. Renes, T.J.G.M. Lam
The effect of national mastitis control program on the attitudes, knowledge, and behaviour of farmers in the Netherlands - Journal of Dairy Science, 2010, (93):5767-5747