Brève Au Coeur du Lait Avril 2010

Quels sont les facteurs influençant l’apoptose des neutrophiles en péripartum chez la génisse laitière ?

Le phénomène d’apoptose physiologique touchant les polynucléaires neutrophiles prenant place en péri-partum peut expliquer en partie la plus grande sensibilité des individus aux différentes infections péri-partum, comme les infections intra-mammaires. L’objectif de cette étude menée en Belgique était d’étudier et de quantifier ce phénomène d’apoptose des polynucléaires neutrophiles dans le sang et dans le lait, et d’identifier des facteurs de variation de cette apoptose.

 

Pour ce faire, 19 exploitations laitières ont été sectionnées au hasard, et au sein de ces exploitations, 82 génisses saines ont été incluses. Parmi les 19 élevages, 7 pratiquaient une complémentation avec un CMV. Les génisses ne devaient avoir reçu aucun traitement antibactérien avant vêlage. Afin d’étudier le phénomène d’apoptose, les polynucléaires neutrophiles étaient détectées par cytométrie de flux sur des prélèvements de sang (une semaine avant la date supposée du part), puis dans le sang et lait au cours des 4 premiers jours de lactation. Les informations relatives à la santé de la mamelle des génisses ainsi que leur note d’état corporel étaient enregistrées. Des prélèvements de lait ainsi que des écouvillons de l’extrémité des trayons étaient pratiqués pour analyse bactériologique. Les facteurs de risques associés à une apoptose intense étaient investigués par régression logistique.

Il en ressort que :

  • Moins de 4% des quartiers étaient infectés par un pathogène majeur et 1/3 par un pathogène mineur ; près de la moitié des trayons était contaminée par un staphylocoque non aureus

  • La proportion moyenne de polynucléaires neutrophiles sanguins en apoptose était d’environ 20% avant et après vêlage, tandis que cette proportion atteignant 25% dans le lait des quartiers non infectés.

  • Les génisses ayant fait l’objet d’une complémentation minéralo-vitaminique avaient des proportions plus faible de neutrophiles en apoptose dans le sang comme le lait, avant comme après vêlage (probablement en lien avec des concentrations sanguines en sélénium supérieures pour les animaux supplémentés avant vêlage).

  • Les génisses ayant perdu plus de 0,25 point de NEC en péri-partum avaient une proportion plus forte d’apoptose en début de lactation.

  • Les vaches dont les trayons étaient colonisés avant vêlage par un staphylocoque non aureus avaient un phénomène d’apoptose des polynucléaires neutrophiles dans le lait moins prononcé.

  • Au final, les plus fortes variations de ce phénomène d’apoptose trouvent leur origine à l’échelle de l’animal (ou de ses quartiers) elle-même : grande variabilité interindividuelle et inter-quartiers.
  • Cette étude rapporte que plusieurs leviers existent concernant la gestion du pré-partum des génisses afin de limiter l’intensité de l’apoptose et donc indirectement de limiter l’incidence des infections intra-mammaires précoces. Ces mesures concernent la prévention des risques d’œdème mammaire, de baisse brutale de l’état corporel, et le choix d’une bonne complémentation minéralo-vitaminique (en sélénium notamment).
    De façon plus prospective, le recours à la quantification des neutrophiles en péri-partum pourrait être un outil pertinent pour juger de la susceptibilité des individus aux différents agents pathogènes.

     

    Référence :
    S. Piepers, G. Opsomer, E. Meyer, K. Demeyre, H.W. Barkema, A. De Kruif, S. De Vliegher : Heifer and quarter characteristics associated with periparturient blood and milk neutrophil apoptosis in healthy heifers and in heifers with subclinical mastitis
    -Journal of Dairy Science (2009), 92:4330-4339.