Brève Au Coeur du Lait
Mars 2012

 

Quelle est l’efficacité d’une formulation hors lactation à base de cephalonium et d’un obturateur de trayon, seuls ou en association pour la maîtrise des infections intra-mammaires au tarissement ?

L’objectif de cette étude au Royaume-Uni était d’évaluer à travers un essai clinique randomisé l’efficacité de différentes prescriptions au tarissement, basées sur l’utilisation d’un HL contenant du cephalonium et d’un obturateur de trayon, seuls ou en association, pour le traitement et la prévention des infections intra-mammaires.

Pour ce faire, 6 troupeaux adhérents à l’équivalent du contrôle laitier ont été sélectionnés. Ils comprenaient entre 150 et 610 vaches en lactation et avaient une moyenne géométrique en cellules somatiques les 5 mois précédant l’inclusion relativement basse car comprise entre 118 000 et 240 000 cellules/mL.

Au sein de ces troupeaux, les vaches pour être éligibles devaient être en bonne santé, avoir 4 quartiers fonctionnels, sans lésions des trayons et avec des données mensuelles de comptages en cellules somatiques sur une période minimum de 3 mois avant tarissement. Elles ne devaient pas avoir reçu de traitement antibiotique par voie générale ou par voie intramammaire ni de traitement antiinflammatoire dans les 30 jours précédant leur tarissement. Enfin, elles devaient avoir une période prévue de tarissement d’au moins 54 jours. Au final, 890 vaches ont été sélectionnées. Les vaches ont été considérées comme saines ou infectées sur la base de leurs CCS : les vaches saines étaient les vaches avec une CCS < 200 000 cellules/mL sur les 3 derniers contrôles et sans antécédent de mammite clinique durant cette période. Les autres vaches étaient considérées comme infectées. Parmi les vaches infectées, les deux quartiers ispilatéraux d’une même vache ont été soumis aléatoirement à un des deux traitements : cephalonium (250 mg, Cepravin, MSD) ou combinaison de cephalonium (250 mg, Cepravin, MSD) et obturateur de trayon (Orbeseal, Pfizer). De façon identique, les quartiers ipsilatéraux d’une vache non infectée étaient soumis soit à l’obturateur seul soit à la combinaison antibactérien-obturateur. Tous les quartiers ont fait l’objet d’un prélèvement aseptique pour bactériologie au moment du tarissement et 10 jours post-vêlage.

Il en ressort que :

  • Parmi les vaches inclues dans l’étude, 419 ont été considérées infectées et 391 non infectées. Environ 35% des bactériologies étaient négatives sur les quartiers avant tarissement. Parmi les germes les plus fréquents on trouvait : les SCN (environ 31%), Corynebacterium spp (42%) puis les staphylocoques (6 à 7%) et Streptococcus uberis (3,5 à 4%). La répartition entre les groupes de traitement était équivalente.
  • Les durées moyennes et médianes de tarissement ont été respectivement de 70 jours, 62 jours pour les vaches infectées et de 61 jours et 59 jours pour les vaches saines.
  • Le taux de guérison apparente vis-à-vis des germes pathogènes majeurs a été supérieur à 90% (quel que soit le pathogène) dans les quartiers recevant l’antibiotique, seul ou en combinaison (pas de différence significative). (tableau)
  • Aucune différence significative n’a été observée sur le taux de guérison apparente vis-à-vis des germes pathogènes mineurs (tableau).
  • Aucune différence significative n’a non plus été notée sur le taux apparent de nouvelles infections à l’issue de la période sèche, et ce quel que soit le type de pathogène (analyse faite entre groupes de traitements à l’intérieur des 2 catégories d’animaux -vaches infectées ou considérées saines -)
  • La combinaison antibiotique-obturateur a été associée à une probabilité plus grande parmi les vaches infectées d’avoir un prélèvement pathogène-free au vêlage (OR : 1.40) /li>
  • Au regard du risque développer une mammite clinique dans les 100 premiers jours de lactation : le groupe de quartiers issus de vache infectées traitées avec la combinaison antibiotique-obturateur a eu un risque moindre (OR : 0,68) que le groupe de quartiers ayant reçu seulement l’antibiotique (6.8% de mammites cliniques dans les 100 jours post-vêlage pour les quartiers des vaches infectées recevant la combinaison cephalonium-obturateur, versus 9.7% pour ceux des vaches infectées recevant le cephalonium).
  • Le risque de développer une mammite clinique dans les 100 premiers jours de lactation au sein des quartiers sains a été identique quel que soit le traitement reçu.
  • La quantité résiduelle de produit issu de l’obturateur dans le trayon en post-vêlage a été plus importante sur les quartiers ayant reçu l’obturateur seul, par rapport à ceux ayant été traités en combinaison avec l’antibiotique.

Tableau : Taux de guérison apparente des pathogènes mammaires (1)

table
  1. Les vaches avec les 3 derniers CCS individuels mensuels < 200 000 cellules/mL et sans mammite clinique ont été considérées comme non infectées ; tous les autres animaux (avec l’ensemble des CCS disponibles) ont été considérés comme infectés. AB : seulement le traitement cefalonium pour les vaches infectées. ABTS et/ou TSAB: Combinaison cefalonium-obturateur. TS : obturateur seul.n = nombre d’infections au tarissement guéries au vêlage.
  2. Staphylocoques coagulase positive et ensemble des streptocoques

 

Au final, l’association antibiotique (cephalonium) et obturateur (bismuth) ne s’est pas révélée plus efficace sur le taux de guérison apparente ou le taux de nouvelles infections au vêlage pour les quartiers des vaches infectées au tarissement mais elle s’est accompagnée d’un moindre risque de mammites cliniques dans les 100 premiers jours de lactation (- 3% / traitement cephalonium seul). Les résultats de cette étude plaident en faveur d’un recours au traitement antibiotique à la fois sur les vaches infectées et saines dans des troupeaux avec une forte prévalence d’infections mammaires à Gram + (et de concentrations en cellules somatiques de tank - CCT - élevées) car il est impératif de diminuer la prévalence globale d’infections mammaires. A contrario, dans les troupeaux avec une faible prévalence d’infections mammaires à Gram + (CCT basses), il est logique de se concentrer sur la maîtrise des Gram – et d’envisager un moindre recours aux antibiotiques HL sur les vaches saines.

 

Référence :
Bradley A.J., Breen J.E., Payne B., Williams P., Green M.J.
The use of a cephalonium containing dry cow therapy and an internal teat sealant, both alone and in combination - Journal of Dairy Science, 2010, (93):1566-1577