Bréve Au Coeur du Lait
Février 2013

 

Des auteurs font le point sur le lien production laitière-performances de reproduction

L´objectif de cette revue de la littérature est de faire le point sur la relation existant entre production laitière et performances de reproduction. En effet, l´axiome souvent admis est qu´une production laitière élevée est associée à une dégradation des performances de reproduction. Les auteurs de cette revue identifient plusieurs points critiques dans les études menées jusqu´ici, qui ne permettent pas de pouvoir affirmer l´unicité et la vérité de cette relation antagoniste supposée.

Par exemple, les auteurs mettent en évidence un certain nombre de faiblesses dans les études conduites sur ce sujet.

La dégradation globale de la fertilité observée associée à l´augmentation observée de la production laitière ne peut être séparée de l´évolution concomitante de pratiques d´élevages. D´ailleurs des études récentes rapportent des taux de conception meilleurs sur des vaches produisant plus de 50 kg de lait (aux USA).

La dégradation de la fertilité est aussi supposée avoir été une conséquence de la sélection génétique vers des traits de production. Les auteurs indiquent que compte-tenu de la très faible héritabilité des traits de fertilité, cette dégradation de la fertilité observée pourrait être plutôt le fait de facteurs non génétiques. Les changements concomitants de la structure et de la conduite zootechnique et sanitaire des élevages n´ont pas toujours été pris en compte dans les études menées sur les relations production laitière et performances de reproduction.

Les performances de reproduction ne peuvent pas être exclusivement reliées au niveau de production laitière; en élevage laitier, il est aujourd´hui démontré qu´il faut tenir compte aussi du statut sanitaire, et plus particulièrement des infections mammaires, des troubles métaboliques et des maladies infectieuses.

Il ressort clairement que la production laitière, notamment en début de lactation, dépend très fortement de la capacité de la vache à maximiser sa capacité d´ingestion afin de minimiser le déficit énergétique de début de lactation, cette aptitude de la vache étant elle-même dépendante du management de l´éleveur. Un point clé au niveau des performances de reproduction est la balance énergétique dans les premières semaines de lactation ; or les vaches avec les niveaux de production les plus élevés ne sont pas obligatoirement celles avec la balance énergétique la plus déficitaire ou la note d´état corporel la plus basse.La mesure classique des performances laitières sur la production corrigée 305 jours est pertinente pour apprécier la lactation des vaches mais et est moins adaptée pour juger du métabolisme des animaux, notamment en démarrage de lactation.

Deux questions se trouvent donc posées quant à l´origine de la dégradation des performances de reproduction : est-ce que la capacité inhérente des vaches laitières à devenir gestantes a diminué au fur et à mesure des années en raison d´une élévation de leur production laitière ? Ou est-ce la capacité des éleveurs à pouvoir conduire leur troupeau (aptitude à bien gérer les besoins nutritionnels, métaboliques des animaux, leur confort) qui est mise en cause?

Les choix de l´éleveur (intervalle vêlage-mise à la reproduction par exemple) interfèrent notablement dans les résultats de fécondité.

Enfin, les auteurs remarquent également que de nombreux facteurs de confusion ou de variation autre que le niveau de production laitière ne sont pas toujours pris en compte tels que : l´âge à l´inclusion, l´existence concomitante de maladies, le poids, la note d´état corporel... voire l´effet élevage, oh combien important. En effet, de nombreuses études publiées sont certes menées sur un grand nombre de vaches, mais dans des pays présentant des tailles importantes de troupeaux ; ainsi 15000 vaches peuvent être issues d´un même troupeau, ce qui limite l´investigation possible de l´effet troupeau pourtant supposé majeur.

Les niveaux d´échelle (individuelle et/ou troupeau) ne sont pas toujours homogènes et parfois confondus dans les interprétations. De plus, les méthodes statistiques employées, souvent univariées, ne prennent pas en compte ou pas assez l´ensemble des facteurs de confusion possibles et la possibilité de prendre en compte des données censurées (exemple de vaches quittant le troupeau avant la fin des études). De même, les modèles statistiques doivent prendre en compte le fait que deux vaches issues d´un même troupeau se ressemblent plus que deux vaches présentes dans deux troupeaux différents : la nécessité de modèles dits emboités et hiérarchiques est nécessaire et pourtant peu réalisée.

Pour illustrer ces propos de niveaux d´échelle (individuelle/troupeau), les auteurs prennent l´exemple de données issues d´élevages utilisant de la bST chez lesquels il a été observé une association favorable entre niveau de production laitière et performances de reproduction au niveau troupeau (diminution de l´intervalle moyen entre vêlages de 1,37 jour +/- 0,13 lorsque augmentation de la production laitière de 100 kg sur 305 jours) et une association défavorable lorsque l´analyse est menée au niveau vache, au sein d´un même troupeau (augmentation de l´intervalle moyen entre vêlages de 0,51 jour +/- 0,01 lorsque augmentation de la production laitière de 100 kg sur 305 jours).

 

Au final, les auteurs de cette revue mettent en évidence de nombreux points à améliorer ou à prendre en considération, tant dans le choix des animaux et des variables étudiées que dans les méthodes statistiques utilisées afin de pouvoir non seulement mieux comprendre mais également prédire la relation complexe entre production laitière et performances de reproduction.

Il ressort une grande hétérogénéité de cette relation qui peut être due à des différences individuelles entre vaches mais aussi être en lien avec les pratiques d´élevage.

Ainsi, le lien antagoniste souvent rapporté mériterait d´être investigué de façon plus fine. Bref, une remise en cause du dogme augmentation du niveau de production laitière implique baisse des performances de reproduction des vaches laitières et donc des recherches en perspective.

 

Référence :
Bello N.M., Stevenson J.S., Tempelman R.J.
Invited review: Milk production and reproductive performance: Modern interdisciplinary insights into an enduring axiom - Journal of Dairy Science, 2012, (10): 5461-547.