Brève Au Coeur du Lait
Février 2012

Spécial robot de traite

 

Quelle est la relation entre hygiène et santé de la mamelle dans les élevages en traite robotisée ?

L’objectif de cette étude menée aux Pays-Bas était d’explorer, en système de traite robotisée, la relation existante entre le niveau d’hygiène (tant au niveau de l’environnement que des animaux eux-mêmes) et les critères de santé de la mamelle. Cette étude était motivée par le fait que, dans les exploitations équipées de système de traite robotisée, le nettoyage des trayons est réalisé selon une phase «automatique » contrairement à ce qui est pratiqué dans les exploitations avec machine à traire, ce qui pourrait faire que la gestion de l’hygiène puisse différer dans l’optique d’une maîtrise de la santé de la mamelle. Pour ce faire, les données relatives à l’hygiène ont été collectées (à l’échelle de l’exploitation et des animaux) via des questionnaires et des observations en fermes par deux étudiants en thèse et ont pu être utilisées dans 144 troupeaux (de 85 vaches en moyenne avec 1,6 robots en moyenne). Les données de santé de la mamelle ont été collectées auprès du contrôle laitier. L’effet potentiel des différentes variables d’intérêt a été investigué à l’aide de modèles multi-variés.

Il en ressort que :

  • La moyenne géométrique annuelle en CCS a été dans l’échantillon de 258 000 cellules/mL (90-509 000) mais des différences notables ont été observées lorsqu’on analysait les résultats des exploitations avec une forte ou une faible proportion de vaches sales.
  • Dans les élevages avec une forte proportion de vaches sales au niveau des cuisses et de vaches sales au niveau des trayons, la moyenne géométrique annuelle en CCS a été de 290 000 cellules/mL vs 212 000 cellules/ml dans des fermes avec peu de vaches sales.
  • L’incidence annuelle de vaches avec de fortes CCS a varié de 5 à 18%, avec une moyenne de 10% et cette valeur a été corrélée positivement avec la proportion de vaches avec des trayons sales avant la traite.
  • L’incidence annuelle de mammites cliniques a été en moyenne de 26 cas/100 vaches présentes (de 1 à 135 cas en extrêmes)
  • A l’échelle de l’élevage, 3 variables explicatives de l’élévation des CCS et des incidences de mammites cliniques et subcliniques ont été mises en évidence : la forte proportion de vaches avec les trayons sales avant traite, la forte proportion de vaches avec les cuisses sales (note d’hygiène globale au final) et la forte proportion de trayons non recouverts de désinfectant en post-traite.
  • Les éleveurs qui ont changé plus de 3 fois par jour les filtres de traite ont eu plus de ammites cliniques. Il s’agit là sûrement d’un effet inverse du au caractère transversal de l’étude. Ceux pratiquant ce remplacement plus fréquent le font sûrement en raison de la présence de problèmes de mammites dans l’élevage.
  • A l’échelle de la vache, seule une note de propreté globale de la mamelle insuffisante était associée à une dégradation de la santé de la mamelle (CCS comme incidence des mammites). L’hygiène du logement en général ne ressortait pas de façon significative mais il ne faut pas l’ignorer car s’il est certes possible d’améliorer très notablement l’état de propreté des trayons grâce à l’efficacité du nettoyage avant traite, cette évolution reste imparfaite (dans cette étude, le taux de vaches avec trayons sales avant traite a été ramené de 31% à 8% une fois les opérations de nettoyage d’avant traite réalisées).
  • Les facteurs influençant positivement l’hygiène de la vache ont été : une fréquence élevée de nettoyage des manchons, le type et la quantité de litière (nature à risque non précisée par les auteurs), l’assèchement des points humides dans la stabulation, le fait de ne pas utiliser le box de vêlage comme box d’infirmerie (marqueur indirect de technicité et d’espace disponible), et l’hygiène des trayons en général.

 

Au final, cette étude confirme, tout comme en traite conventionnelle, la relation qui existe entre l’hygiène à l’échelle de la vache et la santé de la mamelle. Tant au niveau de l’exploitation que de l’animal, une relation directe a été trouvée entre une propreté insuffisante de la vache et une dégradation des teneurs en cellules somatiques. Enfin, si aucune relation directe n’a été mise en évidence entre l’hygiène de l’environnement et la santé de la mamelle, il reste important d’agir à ce niveau, pour permettre de limiter les salissures des animaux. Ces résultats ne font que souligner, quel que soit le système de traite, l’importance à accorder à l’hygiène des animaux et au fait de faire passer au robot les animaux déjà les plus propres possibles, les systèmes de nettoyage automatiques ne permettant pas de récupérer des situations d’hygiène très dégradées.

 

Référence :
Dohmen W., Neijenhuis F., Hogeveen H.
Relationship between udder health and hygiene on farms with an automatic milking system - Journal of Dairy Science, 2010, 93 :4019-4033