Brève Au Coeur du Lait Janvier 2011

Quelles sont les sources de contamination potentielles par S. aureus en troupeaux laitiers à problèmes de mammites ?

La faillite des nombreux et variés plans de maîtrise des mammites à S.aureus peut laisser supposer l’existence de sources de contamination autre que les quartiers des vaches infectées et le matériel de traite. L’objectif de cette étude menée en Suède était donc d’identifier d’autres sources potentielles de contamination par S. aureus dans des élevages confrontés à une forte prévalence de mammites à S. aureus.

 

Pour ce faire, 5 élevages confrontés à de nombreuses mammites à S. aureus et remplissant les critères d’inclusion (vaches à l’attache, éleveurs volontaires et adhérant à un plan de maîtrise) ont été intégrés dans cette étude.
Différents prélèvements ont été réalisés pour rechercher S. aureus et le cas échéant le typer (par ElectroPhorèse en Gel Pulsé, PGFE) :

  • A l’échelle des animaux: 757 prélèvements de lait de quartier individuel et 1811 prélèvements sur différents sites corporels d’animaux de stade physiologique variés (vaches en lactation, vaches taries, vaches à moins de 3 mois du vêlage, génisses de première et seconde année) : peau du trayon, aine, vagin, naseaux, peau du jarret, des zones de peau lésées (éventuelles blessures) et zone ombilicale chez les jeunes veaux.
  • A l’échelle de l’environnement: 902 échantillons prélevés (litière, surface de tapis, abreuvoirs, rations distribuées et aliments sur lieux de stockage).

De façon moins systématique et exhaustive par élevage pour un nombre total de plus de 250 échantillons :

  • A l’échelle inter-espèce: des écouvillons nasaux ont été réalisés sur les éleveurs et les chiens et chats ayant contact avec les bovins ; des prélèvements ont été aussi effectués sur les mains des éleveurs
  • A l’échelle du matériel de traite: de nombreux écouvillons à différents points du circuit du lait
  • A l’échelle du matériel de distribution du lait aux veaux (seaux)
  • Enfin des prélèvements faits sur des échantillons d’air filtrés ainsi que sur des mouches capturées dans les étables.

Au total:

  • 11% des quartiers et 27% des vaches en lactation étaient infectés par S. aureus (1,6 quartier par vache en moyenne)
  • 30% des échantillons corporels étaient positifs et près d’une vache sur deux était détectée porteuse dans au moins un prélèvement, et parmi les sites, la peau du jarret était la plus fréquemment positive (37%), le vagin et le nez les moins fréquemment positifs. De grandes disparités ont été observées entre vaches et entre troupeaux.
  • Environ 30% des vaches taries, génisses (en début ou fin de gestation) étaient positives également sur au moins un site (également au niveau du jarret). Les génisses en fin de lactation souvent incriminées sont ici peu responsables car infectées par un pulsotype différent du pulsotype dominant dans le lait des vaches laitières infectées.
  • Entre 4 et 11% des prélèvements d’environnement ont été détectés positifs, le plus souvent dans l’environnement immédiat des vaches en lactation (tapis, sol et abreuvoir) ainsi que dans l’environnement des toutes petites génisses (0-3 mois).
  • Moins de 5% des autres échantillons se sont révélés positifs.
  • Entre 4 et 7 pulsotypes différents ont été retrouvés par élevage avec toutefois toujours un pulsotype dominant dans les échantillons de quartiers infectés, les pulsotypes étant quasiment tous différents entre élevages.

Au final, cette étude rapporte pour la première fois la peau du jarret des vaches (possiblement souillée par les logettes) comme un réservoir significatif de S. aureus impliqué dans des infections mammaires du troupeau.
De même, cette étude a permis la mise en évidence de souches identiques à celles détectés dan le lait dans les aires de vie au contact immédiat des vaches et mêmes des petits veaux (0-3 mois), avec toutefois des sites et des souches très variables selon les élevages.
Au final de très multiples sources de contamination existent et peuvent contribuer à l’échec apparent des mesures de maîtrise classiques. Des prélèvements de l’environnement immédiat des vaches, de la peau des jarrets et d’échantillons de lait de quartier pourraient s’avérer utile pour mieux renseigner la nature des souches circulant dans les élevages à problèmes.
La vigilance vis-à-vis des lésions de la peau, notamment au niveau des jarrets et de l’hygiène du logement ne doit pas être négligée dans des élevages avec présence de mammites à S. aureus.
Ces résultats méritent d’être pris en compte notamment lorsque l’on peut envisager une conduite en lots séparés en cas de très forte prévalence de quartiers atteints par S. aureus.


 

Référence :
Capurro A., Aspan A., Ericsson Unnerstad H., Persson Waller K., Artursson K. : Identification of potential sources of Staphylococcus aureus in herds with mastitis problems.- J Dairy Sci. 2010 Jan; 93(1):180-91