Brève Au Coeur du Lait Janvier 2009

Comment quantifier sur une lactation l’impact d’une maladie sur la production laitière : exemple des boiteries.

L’objectif de cette étude menée aux USA était de confirmer l’hypothèse que les boiteries ont un impact négatif sur la production laitière et le cas échéant de déterminer la méthode la plus fine pour estimer cet impact. Pour ce faire, les données sanitaires et de production d’une grande exploitation laitière américaine (2800 vaches, 3 traites par jour) ont été utilisées sur une période de 3 ans

 

Afin d’estimer les pertes de production  imputables aux boiteries, 2 grands types de méthodes ont été utilisées :

  • comparer les productions de vaches boiteuses et non boiteuses
  • comparer la production des vaches boiteuses avant et après l’épisode de boiterie

Durant l’étude, l’incidence des boiteries a été de 23%.

Dans la première approche consistant à comparer les vaches boiteuses et non boiteuses, les auteurs rapportent des productions laitières équivalentes et donc aucun impact des boiteries. Néanmoins, ce résultat est faussé par la typologie des vaches boiteuses. En effet, les vaches boiteuses étaient préférentiellement des vaches avec un plus fort niveau de production à l’origine (VLHP). De ce fait, en ne regardant que la production finale, on ne constate aucun effet. Le résultat est donc biaisé par des facteurs de variation du niveau de production (génétique, parité).

Dans la deuxième approche, consistant à comparer les courbes de production pré et post-boiterie, les auteurs rapportent une production en moyenne de 3 kg supérieure avant l’épisode de boiterie. Néanmoins, là encore le résultat est biaisé car la baisse potentiellement imputable aux boiteries pourrait être également imputable à la diminution physiologique durant la lactation de la production. Le stade de lactation est donc un biais potentiel.

Afin de circonvenir à ces biais, un modèle prenant en compte les caractéristiques de la vache (niveau de production, parité, stade de lactation) a été élaboré. Il en résulte que les pertes de production laitière imputables aux boiteries serait de 315 à 425 kg/vache/lactation selon que l’on compare vache boiteuse et non boiteuse ou vache boiteuse avant et après boiterie. L’estimation économique ne tient ici compte que des pertes de production laitière sans tenir compte des effets des réformes anticipées pour boiterie et d’éventuelles dégradations des performances de reproduction.

Au final, l’estimation de l’impact zootechnique et donc économique des maladies n’est pas facile à effectuer méthodologiquement car elle se heurte à de nombreux biais et facteurs de variation, et ce d’autant plus lorsque l’on parle de maladies multifactorielles. Quoi qu’il en soit, les résultats rapportés ici corroborent ceux d’études antérieures et soulignent l’intérêt de développer des plans de maîtrise et/ou de surveillance des boiteries en élevage.


 

Référence :

Bicalho et al.: Strategies to analyse milk losses caused by diseases with potential impact throughout the lactation : a lameness example. Journal of Dairy Science, 2008 (91), 2653-2661.